Conte d’Amour et de Paix : La Sagesse Africaine et la Coutume Musulmane Contre le Gaspillage Alimentaire
Dans les sociétés africaines, la parole est souvent transmise sous l’arbre à palabres, imprégnée de sagesse ancestrale. Aujourd’hui, cette parole se lève pour aborder un mal moderne qui blesse l’âme : le gaspillage alimentaire. À travers un songe, l’écrivain Ouattara Bêh nous rappelle la connexion profonde entre l’homme, la nature, et les enseignements spirituels comme ceux de la coutume musulmane pour honorer chaque bouchée.
Le Songe de Pênin : Quand la Nourriture Murmure
Le soleil s’était couché, laissant derrière lui une journée d’âpres discussions entre Pênin et ses frères sur la question de la nourriture et de l’excès. La nuit, le sommeil de Pênin fut visité par une vieille femme, drapée de blanc, figure de la sagesse éternelle.
Extrait : Contes d’Amour et de Paix sous l’Arbre à Palabres de Ouattara Bêh
Pendant la journée, Pênin et ses frères avaient discuté chaudement sur les questions de nourriture. La nuit, au cours d’un songe, une vieille femme toute de blanc vêtue vint l’entretenir sur le sujet de ses préoccupations. La vieille femme lui dit dans un murmure:
« Pour que « un » vive, il faut que « un » meurt. Je veux parler de la chaîne alimentaire. »
Puis elle poursuivit : « Il est des coutumes qui enseignent une profonde sagesse. Mais l’utilisation banale de celles-ci leur enlève toute leur saveur originelle. Parmi celles-là, il est une coutume musulmane qui recommande de consommer tout ce que nous prenons dans notre assiette. Ainsi, d’après cette coutume, il faut laisser dans son assiette, ni grains de riz, ni morceau de pain. Les assiettes doivent donc être obligatoirement vidée de leur contenu au cours du repas. Il ne faut pas verser de nourriture par terre non plus. Nous ne devons prendre dans nos assiettes que ce que nous sommes capables de finir, de consommer.
Pour faire ces beaux plats de riz, il a fallu dévaster des rizières ; il en est de même de nos plats d’ignames, de bananes, qui ont nécessité la destruction de quantité d’ignames et de bananes ! Et que dire des belles sauces dont nous raffolons ! Pour elles aussi, il a fallu que des aubergines, des oignons, des tomates, du sel, et que dis-je ! des bœufs, des poulets, des lapins … meurent. Ils sont tous morts pour nous servir. Rendons-leur hommage en les utilisant à bon escient. »
Les commentaires suivants sont courants :
« Le jour du jugement Dernier, tout ce que nous avons versé, tout ce que nous avons gaspillé, se dressera sur notre chemin et constituera des obstacles entre nous et le Juge Suprême, et nous risquons ainsi d’arriver en retard … Ce qui équivaut directement à une place en Enfer. »
Qu’y aurait-il d’immérité dans cette image ? Nous le mériterions bien si nous étions coupables de pareil gâchis, de pareil besogne digne de la pire inconscience, de la pire des bassesses. Si nous ne voulons pas les consommer, si nous ne pouvons pas les consommer, laissons-les vivre. Ils sont nos frères, elles sont nos sœurs dans la chaîne de la vie. Alors, s’ils se sacrifient pour nous, de grâce, ne les gaspillons pas.
La Sagesse Universelle Contre l’Isrâf (L’Excès et le Gaspillage)
Le message de la vieille femme résonne avec une force universelle, qui trouve un écho puissant dans les principes de l’Islam et dans les traditions africaines.
L’Éthique Alimentaire Musulmane : Respecter les Bénédictions d’Allah
L’Islam condamne fermement le gaspillage sous le terme d’Isrâf (excès ou extravagance). Le Coran est clair : « Mangez et buvez ; mais ne commettez pas d’excès, car Allah n’aime pas ceux qui commettent des excès. » (Sourate 7, Al-A’raf, verset 31).
La recommandation de terminer son assiette n’est pas une simple règle de bienséance ; c’est un acte de gratitude envers le Créateur (Allah, Le Pourvoyeur de toutes les bénédictions). Chaque grain de riz, chaque miette de pain a une valeur sacrée et représente une ressource pour laquelle un effort (humain, animal, ou naturel) a été fourni.
La Sagesse Africaine : Interdépendance et Partage
De même, la sagesse africaine met l’accent sur l’interdépendance et le respect du vivant. Le conte de Pênin rappelle que l’igname, la banane, le bœuf, sont des « frères et sœurs » qui se sont « sacrifiés » pour notre survie. Gaspiller, c’est rompre cet équilibre sacré.
Un proverbe Yoruba l’illustre parfaitement : « Celui qui partage son repas ne finit jamais par manger des miettes. » (Source : Proverbe Yoruba). Cette philosophie va au-delà de l’assiette individuelle ; elle appelle au partage et à une consommation responsable, où l’on prend juste ce dont on a besoin, le surplus étant destiné aux autres.
3 Conseils Inspirés par la Sagesse pour Éviter le Gaspillage
Pour passer du conte à l’action et honorer la nourriture, voici quelques pratiques inspirées par cette double sagesse :
- Planifiez et Mesurez (L’approche consciente) : Avant de servir, posez-vous la question de votre faim réelle. Ne vous servez que ce que vous êtes capable de finir. Pensez à l’enseignement de ne laisser « ni grains de riz, ni morceau de pain ».
- Honorez le Sacrifice (L’hommage au vivant) : Rappelez-vous, comme le dit la vieille femme, que chaque aliment représente la vie qui a été donnée. Cette prise de conscience rend l’acte de manger un rituel de respect.
- Partagez et Transformez (Le réflexe communautaire) : Ne jetez jamais un plat en bon état. Les restes peuvent être réchauffés (recyclage culinaire) ou, mieux, partagés avec un voisin ou une personne dans le besoin, perpétuant ainsi l’esprit de générosité africaine.
En intégrant cette sagesse millénaire, qu’elle soit puisée dans les Contes d’Amour et de Paix ou dans la doctrine de l’Isrâf, nous faisons un pas essentiel vers un mode de vie plus juste et plus respectueux de la planète.
Et vous, quelle coutume ou quel proverbe vous inspire le plus pour lutter contre le gaspillage ? Partagez vos réflexions sous l’Arbre à Palabres !
Extrait de : Contes d’Amour et de Paix sous l’Arbre à Palabres de Ouattara Bêh

