L’orchestre ‘Star Féminine Band’ modernise les traditions musicales béninoises

L’orchestre ‘Star Féminine Band’ modernise les traditions musicales béninoises

Natitingou (© 2020 Afriquinfos)- Star Féminine Band : c’est le nom d’un groupe composé de jeunes filles âgées de 10 à 16 ans qui viennent toutes de Natitingou, au nord-ouest du Bénin. Le groupe dont l’orchestre est dirigé par André Balaguemon, propose une musique moderne s’inspirant de la tradition, et sur laquelle ses membres vantent la femme africaine.

L’aventure de Star Féminine Band part d’une annonce diffusée sur une radio de Natitingou, ville située à une dizaine d’heures de Cotonou. Dans l’annonce, le musicien André Balaguemon propose une formation gratuite à des jeunes filles pour qu’elles apprennent la musique !

« En tant que musicien, j’avais l’idée de régler un problème : celui de l’émancipation des femmes. Depuis l’adolescence, j’ai été marqué par les maltraitances qu’on fait aux femmes. Pour que les femmes s’expriment elles-mêmes, je voulais créer un orchestre. C’est là que j’ai eu l’idée de monter un orchestre féminin », se souvient-il.

Après une prise de contact, le premier cours a lieu le 25 juillet 2016, à la ‘Maison des jeunes’.

Rencontre décisive avec un ingénieur français, Jérémie Verdier

Avec la collaboration de ses amis ingénieurs, le groupe va plus loin et parvient à enregistrer les morceaux voulus. L’enregistrement se déroule en février 2019, dans une annexe du Musée départemental de Natitingou. « Nous nous sommes bien préparées. Quand les Européens sont arrivés, nous n’avons pas perdu de temps. Nous avons fait l’enregistrement en deux jours. Ils étaient sciés, épatés », se souvient Sandrine Ouei, l’une de ses musiciennes aux claviers et aux percussions, qui rêve désormais « de voyager sur plusieurs continents », afin de « valoriser la femme dans le monde entier ».

L’un des ingénieurs va ensuite favoriser l’entrée en jeu de Jean-Baptiste Guillot, le patron du label ‘Born Bad’, qui décide d’en savoir plus. Il se rend donc à Natitingou. « J’ai déboulé en décembre 2019. Quand j’ai vu les filles jouer, c’était au-delà de mes espérances. J’étais émerveillé. Je savais qu’on allait tout faire ensemble, que j’allais sortir les disques, et que j’allais tout faire pour que ces gamines aient la récompense de leurs efforts », se félicite Jean-Baptiste Guillot.

La sensation était comparable à celle d’avoir trouvé un diamant brut, et d’une « claque » énorme.

« La première chose qui m’a surpris, c’est à quel point j’étais largué et à quel point je ne savais pas où je mettais les pieds. Avant de partir, j’avais dit à mes proches que j’allais être peu réactif quant à mes e-mails. Je n’avais juste pas imaginé qu’il n’y avait pas Internet, parce qu’il n’y avait pas d’électricité. » Plus exactement, si Internet arrive grâce au réseau de téléphonie, l’accès à l’électricité est très limité dans cette région pauvre et reculée de l’ex Dahomey.

Offrir la musique intime d’Afrique au monde

Le ‘Star Féminine Band’ mêle les tambours à une base de groupe « moderne », avec une guitare, une basse, une batterie, et deux claviers. Âgées de 10 à 16 ans, les sept musiciennes qui la composent sont les plus anciennes élèves d’André Balaguemon. Elles jouent une musique que des oreilles occidentales décriraient comme du rock africain.

Il s’agit en vérité d’une musique « moderne d’inspiration traditionnelle », indique le professeur. Les huit morceaux sont chantés en peul, bariba, ditammari, waama et français. Ils utilisent les rythmes de ces différents peuples vivant dans l’Atacora. Furieusement communicatifs, ils sont prompts à amener n’importe qui sur un dancefloor. « La danse, c’est très important. C’est une valeur que le continent doit préserver. Quand on a un rythme, on doit esquisser les pas qui vont avec », décrypte ce promoteur.

Faire des droits des femmes une priorité

Parmi les thèmes choisis par le professeur de musique et discutés avec les jeunes filles sur leur premier album, figurent la religion ou la condition féminine. Notamment la dénonciation des grossesses précoces, l’excision ou simplement de dire que « la musique, c’est aussi un boulot ».

« On ne nous respecte pas, le droit des femmes est bafoué. Ici, on considère que les femmes ne sont pas faites pour faire de la musique. On ne nous autorise pas à jouer un instrument traditionnel. Les femmes sont faites pour chanter, danser et accompagner les garçons. C’est toujours l’homme qui est plus élevé que la femme », déplore Sandrine Ouei.

La jeune fille estime que le groupe « lui permet d’être cultivée » et « d’avoir plus l’esprit de compréhension » à l’école. « Femme noire, lève-toi, ne dors pas/Tu peux devenir président de la République/Tu peux devenir Premier ministre du pays », vante pour ce faire le morceau ‘Femme africaine’.

« Avec Born Bad, je viens du punk, des musiques un peu approximatives. Ce que j’aime, c’est l’authenticité et là, j’ai été servi. Je déteste la musique africaine qui passe à la moulinette des standards de production européens ou qui cherche à se nourrir d’influences européennes pour faire des ponts. C’est un groupe d’enfants qui sonne comme un groupe d’enfants, Dieu merci, et c’est un groupe africain qui sonne comme un groupe africain, Dieu merci ! », ironise Baptiste Guillot, au sujet de ce 1er album.

Des tournées en vue

L’orchestre devait être programmé cet hiver aux ‘TransMusicales de Rennes’, festival breton qui ne pourra plus se tenir, à cause du coronavirus. Toutefois, la Star Féminine Band pourrait y jouer l’an prochain.

Pour l’heure, Jean-Baptiste Guillot se fait un devoir de faire découvrir ces filles, pour qu’elles deviennent musiciennes professionnelles et hissent très haut le nom du continent africain.

De son côté, André Balaguemon souhaite que tout le monde « se lève autour de ses filles-là », pour « que leurs droits soient respectés » et « que leur valeur soit reconnue ».

Source: Afriquinfo

La Rédaction

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