Kimpa Vita, grande prophétesse et étoile révolutionnaire du Kongo

Kimpa Vita, grande prophétesse et étoile révolutionnaire du Kongo

Kimpa VitaKimpa Mvita ou Tchimpa Vita née à Mbanza Kongo, aujourd’hui en Angola, 1684. Aussi connue sous son nom Portugais Dona Beatriz, est une prophétesse Kongo.

Fondatrice et dirigeante du culte antonianiste, une forme de syncrétisme entre catholicisme et religions traditionnelles du Kongo.

Elle lutta pour la réunification du royaume Kongo, en passant par la religion.

Elle fait partie des rares personnalités ayant vécu sur la côte atlantique de l’Afrique à cette époque au sujet desquelles il existe d’abondantes sources écrites :

  • Les journaux,
  • Rapports
  • Et les lettres de quatre missionnaires capucins italiens actifs dans la région. (Luca da Caltanisetta, Marcellino d’Atri, Bernardo da Gallo et Lorenzo da Lucca).

Si les écrits à son sujet sont si nombreux, « c’est qu’elle inquiète beaucoup les colons portugais et l’inquisition. Suffisamment, même, pour qu’on veuille la tuer », précise l’historienne Catherine Coquery-Vidrovitch.

Son Histoire

Née entre 1684 et 1686 dans une famille de la noblesse kongo, Kimpa Vita est baptisée par un prêtre métis originaire d’Angola, Luis de Mendonça.

À l’époque, une grande partie de la population du royaume du Kongo est catholique. L’évangélisation ayant commencé dès la fin du xve siècle. Et ceux, avec le baptême de Nzinga Nkuwu sous le nom de Jean Ier.

Elle grandit à une époque où la guerre civile fait rage entre différentes factions au sein du royaume de Kongo. En efffet, il est affaibli par des conflits incessants avec le Portugal (bataille d’Ambuila) et certains peuples voisins.

Dès sa jeunesse, elle est reconnue comme nganga marinda, intermédiaire entre les hommes et le monde des esprits.

Elle est initiée au sein de la société secrète dite kimpasi. La société kimpasi avait pour mission de délivrer les gens des forces du mal. Cela, à travers des cérémonies d’exorcisme appelées mbumba kindonga.

Une allure élancée, une prestance de sainte et « de si grands yeux » … C’est ainsi qu’est décrite au début du XVIIIe siècle Kimpa Vita, grande prophétesse du Kongo, par les missionnaires européens.

Kimpa Vita - Saint Antoine de Padoue
Statuette représentant saint Antoine de Padoue

La Prophétie de Kimpa Vita

Un jour, alors qu’elle est à peine âgée de 20 ans, la jeune femme a une révélation. Saint Antoine, un chrétien vénéré par les colons portugais, lui apparaît en vision.

Tel un frère, il est noir. Il lui ordonne de retrouver Pedro IV, l’actuel roi du Kongo.

En effet, ce dernier a déserté le royaume, et elle dois le ramener à Mbanza Kongo, la capitale (appelée São Salvador par les Portugais), afin d’unifier le royaume qui souffre de divisions internes.

C’est suite à cette vision qu’elle prit le nom de Kimpa Vita qui signifie “instrument de guerre

Ainsi, elle annonce à sa famille que Dieu lui avait donné la mission de prêcher la vraie religion des Ne-kongo.

Elle prend alors l’habitude d’effectuer des retraites spirituelles ou “Manenga” dans la nature. Et commence à prêcher sur le mont Kibangu, la montagne sacrée.

Et avec le temps, elle rassemble plusieurs fidèles avec qui elle a des séances de prières. En effet, dans une grotte devenue désormais le lieu de rassemblement.

Il est dit que pendant ces séances, des manifestations d’une puissance supérieure étaient palpables.

Expansion de son mouvement

Fort de son influence, la prophétesse se rend en personne au palais du Roi Pedro IV. Effectivement, pour lui demander de se joindre à elle afin de prier le “vrai Jésus”. Et restaurer le royaume alors saccagé par la guerre.

Elle leur dit :

“ Nous aussi nous avons des saints au Kongo. Les Blancs ont blanchi Dieu pour leur profit. Mais un nouveau royaume va naître et il faudra reconstruire la ville, relever les maisons”

Ainsi, elle est soutenue par de nombreux nobles kongo. Dont l’épouse de Pierre IV du Kongo, Hipolyta, et Pedro Constantinho da Silva, un des généraux de l’armée royale.

Par la suite, plusieurs viennent s’établir avec elle à Mbanza Kongo (São Salvador). Où elle occupe les ruines de l’ancienne cathédrale.

(Pierre IV avait repris possession de São Salvador en 1696. Mais l’avait quittée par la suite, craignant une attaque d’un roi voisin).

Les préceptes du culte

Kimpa Vita enseigne que Jésus, ses apôtres et de nombreux personnages biblique sont noirs. Et sont pour la plupart des Bisi Kongo (le véritable peuple élu).

« La vérité est que Jésus-Christ n’est pas Blanc, mais Noir. Les pères de l’Église sont africains et le Kongo est la Terre Sainte1 »

Ainsi, le roi Antoine Ier (Nvita Nkanga en kikongo) doit être considéré comme un « messie ». Et Kimpa Vita se dit elle-même possédée par l’esprit de Jesus.

En effet, on prétend qu’elle meurt chaque vendredi et ressuscite chaque dimanche, après avoir passé deux jours à s’entretenir avec Dieu.

Avec le début de la traite négrière et l’établissement d’un rapport maître-esclave entre les colons blancs et les populations noires, l’influence de Kimpa s’est accrue.

Car elle exposait les vices cachés des portugais. C’est ainsi qu’elle fonde le culte “antoiniste”, qui appelle à lutter contre l’emprise portugaise.

Beaucoup se rallieront à sa cause. Et dans le souci d’obtenir leur indépendance, les fidèles de Kimpa Vita se formeront également à l’art du combat.

Le Culte antonien ou antonianiste de Kimpa Vita

Kimpa Vita adapte certaines prières catholiques, notamment l’Ave Maria et le Salve Regina, qu’elle transforme en « Salve Antoniana ».

Et son mouvement est appelé antonien ou antonianiste.

Ainsi, des missionnaires diffusent sa doctrine dans d’autres régions du royaume.

En effet, elle reconnaît l’autorité du pape mais se montre hostile aux missionnaires européens, principalement actifs sur la côte atlantique.

Alors, devant la menace grandissante, les portugais avec l’aide du Roi Pedro IV, convoqueront un conseil royal sous la présidence du juge Dom Bernado, assisté du secrétaire royal Miguel De Castro.

Ainsi, elle sera condamnée au bûcher en 1706 avec son enfant, après un procès en hérésie, devant un tribunal civil conseillé par les missionnaires capucins Bernardo da Gallo et Lorenzo da Lucca.

Et elle fut brûlée vive sur un bûcher le 2 juillet 1706, dans la ville d’Evolulu (Angola), près de Mbanza Kongo, avec son compagnon et « ange gardien », João Barro.

Mais, leur fils nouveau-né est sauvé grâce à l’intercession auprès du roi de leur dernier confesseur, le père Lorenzo da Lucca.

Et il est baptisé par ce dernier Jerónimo, contrairement au souhait de sa mère qui voulait le nommer António.

Postérité

Kimpa Vita
Statue de Kimpa Vita en Angola

Malgré la défaite de ses disciples dans les années qui suivent, le culte antonianiste survit à la mort de Kimpa Vita. Mais il est combattu par les missionnaires catholiques aux xviiie et xixe siècles.

En effet, Les messianismes congolais et angolais du xxe siècle (matswanisme, kimbanguisme et tokoïsme), toujours actifs aujourd’hui, font référence à la figure de Kimpa Vita.

Elle est parfois surnommée la « Jeanne d’Arc congolaise » en raison des ressemblances entre sa biographie et celle de Jeanne d’Arc, brûlée vive à Rouen en 1431. L’université de Uíge, en Angola, est appelée « université Kimpa Vita » depuis 2009.

La Rédaction

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