Histoire de l’Afrique – Les côtes et les îles – Partie I

L’Antiquité a méconnu l’Afrique à l’exception de sa frange septentrionale. Nous avons ici l’histoire de l’Afrique telle que les Européens la perçurent à travers leurs conquêtes et leurs colonisations.

Les Égyptiens connaissaient la Nubie et sans doute quelques ports le long de la Corne de l’Afrique;

les Phéniciens et les Carthaginois semblent, de leur côté, avoir navigué très loin le long des côtes africaines (Périple de Hannon) et une expédition a peut-être fait le tour du continent.

Au Moyen âge, l’Afrique, déjà en partie islamisée, et parcourue par un vaste réseau de routes commerciales, entretient des rapports:

  • Aussi bien avec l’Europe (certains produits transitent ainsi depuis les côtes méridionales de l’Océan indien)
  • Qu’avec l’Orient (Inde et Chine).

Mais cette insertion de l’Afrique dans l’économie mondiale, telle qu’elle s’entend à l’époque ne rend pas ce grand continent moins mystérieux et lointain aux yeux des Européens.

Ce n’est qu’à la Renaissance, avec les découvertes maritimes du XVIe siècle, que les connaissances positives sur ce vaste continent ont commencé à s’accroître.

Diego Cam dépasse l’équateur en 1484, Bartolomeo Diaz découvre deux ans plus tard le cap de Bonne-Espérance, que Vasco Gama double en 1498.

Après l’installation des Portugais au Brésil, l’Afrique sera pour eux, comme pour les autres Européens installés en Amérique:

  • Un réservoir d’esclaves (traite négrière).

De là les premières (mais non les seules par la suite) raisons d’implantations le long des côtes.

  • Les Français s’établirent ainsi sur la côte occidentale, au XVIIe siècle.
  • Les Hollandais au Cap, en 1650;
  • Les Anglais en Guinée, un siècle plus tard.

Pour l’Europe conquérante, l’Afrique est aussi une étape sur la route des Indes.

Tout comme le sont les îles de l’Océan Indien qu’on peut lui rattacher:

  • Madagascar
  • Les Comores
  • Les Seychelles
  • Les Mascareignes  (Réunion, Maurice et Rodrigues).

Les Portugais seront encore les précurseurs des découvertes dans ces mers, dès le début du XVIsiècle.

Quelques dates :

  • VI av. JC. – Périple carthaginois le long des côtes occidentales de l’Afrique.
  • 1486 – Bartolomeo Diaz atteint le Cap de Bonne Espérance.
  • 1500– Des navigateurs portugais accostent à Madagascar.
  • 1742 – Début de l’exploration des Seychelles par Picault.
  • 1865-1870 – Grandidier explore Madagascar.

A la découverte de l’Afrique

Les Phéniciens.

Il est plus que probable que les Phéniciens ont été les meilleurs connaisseurs de l’Afrique dès les VIe et Ve siècles av. J.-C.

Ils avaient été jusqu’au bout de la mer Rouge, dans leurs voyages à Ophir.

De l’autre côté, ils étaient sortis de la Méditerranée et, franchissant les fameuses colonnes d’Hercule (Détroit de Gibraltar), avaient pénétré dans l’océan Atlantique.

Un texte d’Hérodote (IV, 42) nous autorise même à croire qu’ils avaient fait la circumnavigation de l’Afrique :

« Lorsque Nécos [Néchao], roi d’Égypte (la Basse Epoque), eut fait cesser les travaux du canal qui devait conduire les eaux du Nil au golfe Arabique, il fit partir des Phéniciens sur des vaisseaux avec l’ordre de revenir en Égypte par la mer septentrionale en passant les colonnes d’Hercule. Les Phéniciens s’étant donc embarqués sur la mer Erythrée, naviguèrent dans la mer Australe. Quand l’automne était venu, ils abordaient à l’endroit de la Libye où ils se trouvaient et semaient du blé. Ils attendaient ensuite le temps de la moisson; et, après la récolte, ils se remettaient en mer. Ayant ainsi voyagé pendant deux ans, la troisième année ils doublèrent les colonnes d’Hercule et revinrent en Égypte. Ils racontèrent à leur arrivée qu’en faisant voile autour de la Libye ils avaient eu le soleil à leur droite. Ce fait ne me paraît nullement croyable, mais il le paraîtra peut-être davantage à quelque autre personne. C’est ainsi que la Libye a été connue pour la première fois.»

Le récit est vraisemblable précisément pour la raison qui portait Hérodote à en douter. En outre, l’historien grec raconte aussitôt après une tentative faite pour renouveler ce périple.

Il n’en reste pas moins singulier que ce voyage, d’une hardiesse sans exemple, n’ait laissé aucune trace.

Nous avons, au contraire, conservé des détails relativement plus précis sur les explorations carthaginoises accomplies le long de la côte occidentale d’Afrique.

  • La principale est connue sous le nom de Périple de Hannon et paraît dater du VIe siècle av. J.C (Périple de Hannon).

Ses principales étapes furent au-delà des colonnes d’Hercule, l’île de Cerné, peut-être l’îlot de Herné en face du rio Ouro entre 23° et 24° de latitudeNord.

Vingt-six jours plus tard, la Corne du Midi, qu’il faudrait placer, semble-t-il, un peu au Sud de la Sierra-Leone entre 7° et 8° de latitude Nord.

Une autre montagne, un peu plus septentrionale, le Char des dieux (Theôn Ochema), peut-être notre montagne de Sagrés (10° de latitude Nord), resta le terme des connaissances courantes des anciens.

En général, ils ne dépassaient guère l’île de Cerné. Un certain Éthymême, navigateur marseillais, retourna jusqu’à un grand fleuve qui parait être le Sénégal.

Les Grecs.

Sous ce nom de Libye sous lequel ils connaissaient l’Afrique, les Grecs de l’époque classique n’avaient qu’une faible idée de l’étendue du continent.

En fait, leurs connaissances se limitaient à la région méditerranéenne. Encore ces données étaient-elles pour la plupart empruntées aux Égyptiens et aux Phéniciens.

Hérodote, qui puisait aux sources égyptiennes, connaît le Nil jusqu’à quatre mois de marche de Syène (Assouan); ceci nous reporte un peu au-delà de Khartoum, au point où s’arrêtaient encore les cartes avant 1839.

Hérodote se figure que le Nil vient de l’Ouest :

C’est une idée fausse qui s’est perpétuée presque jusqu’au XIXe siècle, et dont le nom de Nil des Noirs, appliqué parfois au Niger, que l’on a longtemps confondu avec le fleuve égyptien, est un vestige.

Il parle de Méroé, la capitale des Éthiopiens (Nubiens), dont les ruines ont été retrouvées par Cailliaud (1821);

En effet, il décrit la chaîne d’oasis qui va du Nil à l’Atlas et connaît bien des peuples du littoral.

Enfin, dans sa division de la terre habitée en trois parties, il fait de la Libye une de ces trois parties du monde.

L’époque hellénistique.

Les Ptolémées ont fait explorer le rivage de la mer Erythrée jusqu’au cap des Aromates (cap Guardafui). Au Ier siècle ap. J.-C., un navigateur nommé Diogène fut poussé par les vents au-delà du cap des Aromates et navigua dans la direction du Sud, jusqu’à une île qu’il place à vingt-cinq jours de route du cap des Aromates.

Cette île Menuthias est, soit Zanzibar, soit plutôt Pemba, un peu au Nord. Malheureusement une fausse théorie allait arrêter pour des siècles les progrès de la géographie.

Nous en trouvons le germe dans Aristote; elle fut adoptée par Ptolémée et prévalut depuis lors.

Cette théorie était que l’Afrique allait en s’élargissant dans la direction du Sud et qu’elle se réunissait à l’Asie orientale, faisant de l’océan indien une sorte de grand lac maritime.

Sur l’intérieur de l’Afrique, les Helléno-Égyptiens et les Romains avaient acquis un certain nombre de notions importantes.

Sous Ptolémée Philadelphe une expédition pénétra en Éthiopie. Ératosthène sait que les inondations du Nil sont dues aux pluies de la zone équatoriale. Deux centurions envoyés par Néron (60 ap. J. C.) pour remonter le Nil vont jusqu’aux immenses marécages situés entre 9° et 7° de latitude Nord.

Ptolémée sait que les lacs d’où sort le Nil sont à la même latitude que l’île Menuthias.

On plaçait les sources du Nil dans les montagnes de la Lune, chaîne que les géographes postérieurs reportent au Nord, et qu’ils étendent à travers toute l’Afrique, la barrant dans sa plus grande largeur.

Ce nom de montagnes de la Lune est assez significatif, car le mot Ounyamouési, qui désigne le pays où sont les sources du Nil, signifie précisément pays de la Lune.

Enfin, la Phazanie (Fezzan) avait été explorée et l’on était allé jusqu’aux montagnes d’Agisymba (oasis d’Azhben ou de l’Aïr) que Ptolémée place du reste à une distance absurde, bien au-delà de l’équateur.

Le géographe connaît encore les tribus du Sahara. Sur la côte occidentale on a plutôt perdu du terrain et les îles Fortunées (îles Canaries) paraissent placées aux extrémités du monde.

Les Arabes

Les Arabes ajoutèrent quelque chose à ces notions, quoique leurs cartographes soient loin de valoir ceux des Grecs et des Romains.

La Tabula Almamuniana (Al-Mamoun) de 833 place la source du Nil à l’endroit mérite du lac Kéréoué, dans un lac Kourakavas; ce peut n’être qu’une coïncidence.

Toutefois, les Arabes ont dépassé Zanzibar et navigué au moins jusqu’à Quiloa, et se sont approchés, par conséquent, bien près de la pointe méridionale de l’Afrique.

Ils ont découvert Madagascar; enfin ils disposent de nombreux renseignements sur le Soudan.

On trouve le récit de ces voyages au Soudan et à Tombouctou dans l’ouvrage d’Ibn-Batouta. Jusque vers la fin du Moyen âge on s’en tint, en général, aux données transmises par l’Antiquité.

Le voyage du Vénitien Cadamosto à Tombouctou resta une aventure isolée, et nul n’eut envie de suivre le conseil de Marco Polo qui, dès le XIIIe siècle, engageait les marins à se rendre dans l’Inde en passant au Sud de l’Afrique.

Les Européens

Au XIVe siècle, les Européens se hasardèrent de nouveau sur la côte Ouest. Le Catalan Jayme Ferrer atteignit le rio Ouro en 1346. D’autres suivirent et allèrent plus loin deux décennies plus tard.

Les Dieppois, en 1364, fondaient ainsi le Petit-Dieppe sur les côtes du Liberia actuel.

Les Portugais ont également étés présents dans la région vers cette date. Ce qui a donné lieu, au XIXe siècle à un débat de priorité, assez vain en vérité, mais qu’il convient de replacer dans le contexte colonial de l’époque.

La circumnavigation de l’Afrique.

L’impulsion fut donnée par le prince Henri le Navigateur qui pendant un demi-siècle, de 1415 à 1463, ne cessa de stimuler les marins.

On connaissait déjà les îles Açores, Madère, les Canaries, retrouvées depuis un siècle, mais on osait à peine s’aventurer sur les cotes du Maroc.

En 1433, le cap Bojador fut doublé par Gil Eanez (Gillianez); Puis, en 1443, le cap Blanc par Nuño Tristan qui trois ans après arrivera au Sénégal et au cap Vert.

Ensuite, en 1448, on est aux côtes de Sierra-Leone vers 9° de latitude de Nord; Et en 1462, on a gagné encore 3 degrés.

Par la suite, en 1471, José de Santarem et Pedro de Escalone passent l’équateur et aperçoivent le Gabon et l’embouchure de l’Ogôoué; la même année Fernão Po découvre l’île qui portera son nom (Fernando-Po, avant de prendre celui de Bioko), mais que lui nomma Formosa.

En 1484, Diego Cam dépasse l’équateur de 2300 km, visite le bas Congo et prouve d’une manière péremptoire que l’Afrique va en s’amincissant à mesure que l’on avance dans la direction du Sud.

On charge Bartolomeo Diaz de tirer parti de ce renseignement.

Alors, iI longe la côté jusqu’au 24e degré de latitude  Sud; continuant avec deux petites caravelles il prend le large, et va droit au Sud.

Quand il mit le cap à l’Est, il ne retrouva plus la côte; En effet, il l’avait dépassée et ne prit terre (février 1488) que quarante lieues au-delà de la pointe australe de l’Afrique, à la baie des Vaqueros (baie Flesh, par 43° 20′ et 4″).

Ensuite, il poussa sa navigation au Nord-Est. Il alla jusqu’à la baie d’Algoa, qu’il appelait Santa-Cruz; puis arrêté par la mutinerie de son équipage il revint. Et là, il faillit sombrer en doublant le cap auquel il donna le nom bien mérité de cap des Tempêtes; le roi Jean Il remplaça ce nom par celui du cap de Bonne-Espérance (1490).

La découverte de l’Amérique (1492) détourna un instant l’attention générale;

Mais informé par Covilham qui visitait l’Égypte, l’Inde et l’Abyssinie, qu’en contournant l’Afrique on arriverait à l’lnde, le roi de Portugal, Emmanuel, successeur de Jean II, confia à Vasco de Gama le soin de vérifier ces assertions. Celui-ci, ayant à son bord le pilote de Bartolomeo Diaz, doubla le cap de Bonne-Espérance (1497), puis  (on était le jour de Noël) découvrit la baie qu’il appela Natal (l’Afrique Australe). Ensuite, naviguant au Nord, il parvint aux établissements des musulmans, toucha le cap Corrientes, passa au large de Sofala, n’osa pas débarquer à Mozambique de crainte des Arabes, laissa Zanzibar à gauche et arriva à Mombaz (Mombasa) et enfin à Mélinde (Malindi) (3° de latitude Sud) (Zanzibar, la côte swahili et le Mozambique). Ayant obtenu un pilote du cheick de la ville, il cingla vers l’Inde (avril1498). Le relevé des côtes fut complété quelques années après par Tristan da Cunha (1506) ; il alla jusqu’au cap Guardafui et à Socotora et côtoya l’île deMadagascar, d’abord appelée Saint-Laurent.

 

S'il vous plaît suivez et

Une pensée sur “Histoire de l’Afrique – Les côtes et les îles – Partie I

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *