L’Orgueilleuse – Conte Niarafolo de Côte d’Ivoire

Afrique Réveil vous propose “L’Orgueilleuse” un Conte Niarafolo de Boundou Koné Tiré de son ouvrage « La Houe Magique ».

La Houe magique présente un ensemble d’histoires délectables, fantastiques ou fondées sur des légendes.

Bien que taillé dans un univers culturel Niarafolo, l’ensemble des contes véhicule des messages d’une portée éducative et formative certaine.

L’Orgueilleuse

Il était une fois, dans un village au cœur de la savane, une jeune fille répondant au nom de Fièrèta.

L’Orgueilleuse

Elle était la fille unique d’une famille aisée de huit enfants. Elle avait donc sept frère. La nature avait joué en sa faveur :

  • Elle était élancée et tout semblait avoir été minutieusement dessiné sur son corps, de façon géométrique. Et de plus, elle avait une démarche majestueuse et fière.

Fièrèta avait un visage allongé, installé sur un cou strié de plusieurs cercles, des épaules proportionnelles qui inscrivaient un carré sur son beau corps de sirène.

Son buste était bien modelé avec deux fruits bien pleins et bien ajustés sur sa poitrine. Qui tressautaient au rythme de ses pas et rimaient avec le mouvement de ses hanches.

Son teint noir se transformait en un noir d’ébène lorsqu’elle l’enduisait tout entier de beurre de karité.

La plus belle fille du village

Fièrèta était la plus belle fille du village et tous les garçons n’avaient d’yeux que pour elle. Tous les jeunes hommes en âge de prendre femme la voulaient pour femme. Et même ceux qui avaient déjà une ou plusieurs épouses désiraient faire d’elle leur favorite.

Les femmes du village, quant à elles, surtout celles qui portaient des enfants dans leur sein, côtoyaient, touchaient et entouraient Fièrèta de petits soins et priaient secrètement, pour que l’enfant en leur sein puisse ressembler à Fièrèta, à sa naissance.

Consciente de sa beauté et de peur de la ternir, Fièrèta décida du jour au lendemain de ne plus jouer avec les jeunes filles de son âge.

Conte Niarafolo - L’Orgueilleuse

Elle refusa dorénavant même d’adresser la parole à tous les garçons qui s’intéressaient à elle. Même les vielles personnes n’étaient pas épargnées par son attitude.

Fièrèta l’Orgueilleuse

Elle commença à avoir un comportement désobligeant. Elle ne voulait plus porter de bagages. Et lorsqu’elle se retrouvait nez à nez avec l’une de ses camarades d’âge, elle se bouchait les narines en signe de dégoût ou se couvrait le visage, de peur que celle-ci en la regardant ne lui jette un mauvais sort.

Et pour couronner le tout, Fièrèta jura de ne plus jamais adresser la parole à quelque personne  que ce soit, en dehors des membres de sa famille.

Pour Fièrèta, l’homme qui devait la prendre pour femme ne devait pas ressembler au commun des mortels. Il devait être beau et intelligent comme un génie, grand fort et riche comme un génie, sinon en être un.

Elle faisait maintenant tous ses travaux ménagers toute seule, même ceux qui avaient coutume d’être exécutés en groupe comme:

  • Faire la lessive au marigot,
  • Aller au puits,
  • Couper le bois de chauffe,
  • Piler le maïs ou le mil,
  • Aller au champ…

Fièrèta était toujours seule.

Fièrèta la solitaire

Un jour, elle quitta le village au moment où le soleil était haut dans le ciel. C’était l’heure à laquelle beaucoup de villageois se reposaient.

Etant sûre de ne rencontrer personne sur son chemin, elle entreprit d’aller faire la lessive au marigot. Tout d’abord, elle commença par laver son plus beau pagne qu’elle devait porter une fois la lessive terminée et le mit à sécher.

Ensuite, elle fit la lessive pendant un certain temps. Elle s’employait à bien frotter les parties les plus sales. Car elle devait être à tout moment la jeune fille la plus propre et la plus belle.

La lessive terminée, elle se baigna avec attention et se sécha. Au moment où elle voulut récupérer son pagne pour le nouer, un aigle arriva de nulle part, déchirant l’air, fondit à pic sur le pagne et l’emporta au sommet de la plus haute cime.

Fièrèta, désemparée et ne sachant que faire, oublia qu’elle avait juré ne jamais adresser la parole à qui que ce soit, à l’exception des membres de sa famille.

L’Aigle voleur et Fièrèta

Elle entreprit alors d’amadouer l’aigle voleur en fredonnant une très belle chanson :

« Aigle mon ami ! Je t’en prie, rends-moi mon beau pagne. En récompense, je danserai pour toi ! »

Du haut de son perchoir, surpris d’entendre cette prétentieuse chanter pour lui, le grand oiseau répondit :

  • Ne disais-tu pas : « Que la terre m’ensevelisse si jamais il m’arrivait d’adresser la parole à un être vivant ! » N’est-ce pas vrai, ma belle ?

A peine l’aigle eut-il prononcé cette phrase que les pieds de Fièrèta furent recouverts de terre. Mais obsédé par l’idée de récupérer son pagne, elle ne s’en aperçut pas et reprit sa chanson :

« Aigle mon ami ! Je t’en prie, rends-moi mon beau pagne. En récompense, je danserai pour toi ! »

Toujours perché, l’aigle répéta :

  • Ne disais-tu pas : « Que la terre m’ensevelisse si jamais il m’arrivait d’adresser la parole à un être vivant ! » N’est-ce pas vrai, ma belle ?

A ces mots, Fièrèta s’enfonça dans la terre jusqu’aux genoux. Mais sans perdre courage, elle reprenait la chanson afin que l’aigle lui redonnât son pagne.

Hélas ! Toutes les fois que Fièrèta chantait, elle s’enfonçait un peu plus sous terre jusqu’à ce que la tête soit complètement recouverte. Elle fut ainsi enterrée et disparut sous terre à jamais avec sa grande beauté.

C’est pourquoi depuis ce temps, en pays Niarafolo, les jeunes filles, quelle que soit leur beauté, se comportent de façon respectueuse et humble envers leur entourage et se gardent de dire des choses qui leur seront un jour préjudiciables.

Il ne faut jamais jurer

Conte de Côte d’Ivoire de Boundou Koné

Tiré de « La Houe Magique »

Voir Aussi: conte de cote d’ivoire l’œuf et le poussin

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