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Le Royaume d’Aksoum, l’historique Etat Africain

Le Royaume d’Aksoum ou « Empire Aksoumite » était un important royaume d’Afrique de l’Est. Sa capitale était Aksoum, dans l’actuelle Éthiopie. Ce royaume s’est développé le long des côtes de la mer Rouge, du IVe siècle av. J.-C. au IXe apr. J.-C.

Le royaume utilisa le nom « Éthiopie » dès le IVe siècle.

Il est également le lieu présumé où reposent l’Arche d’alliance et la maison de la Reine de Saba.

Aksoum a été également le premier grand Empire à se convertir au christianisme.

Contexte Historique

L’Ethiopie, sans doute la région la plus anciennement habitée de manière continue par l’homme, est également un territoire qui présente une très longue histoire étatique.

Préhistoire

Nous retiendrons ici en ce qui la concerne la datation de Richard Pankhurst:

  • Préhistoire (période avant -3000 av J.-C.) ;
  • Antiquité (3000 av. J.-C. à 1270) ;
  • Moyen-Age (1270 – début du XVI°).

Les populations éthiopiennes « préhistoriques » s’inscrivent assez rapidement dans les grandes dynamiques d’innovation de l’époque:

  • Sédentarisation
  • Agriculture
  • Elevage
  • Commerce de long court
  • Spiritualité
  • Et monuments funéraires.

Au début de l’Antiquité, les populations éthiopiennes s’organisent autour de trois grandes communautés :

  • Berbarata dans la région nordique,
  • Tekrau (ancêtre communauté Tigré) au centre
  • Et Arem au sud (ancêtre communauté Amhara).

Ces communautés sont en relations commerciales avec les populations égyptiennes.Et ce, dès le début de l’Ancien Empire, et sans doute avant même sa formation.

Les murs du portique funéraire de la Reine Hatchepsout (Ancien Empire Egyptien, règne de -1479 à -1457) donnent une représentation des biens importés du Pays de Pount (nom donné par les Egyptiens à l’Ethiopie):

  • Encens,
  • Myrrhe,
  • Cannelle,
  • Or,
  • Ivoire,
  • Ebène,
  • Plumes d’autruches,
  • Peaux de panthère
  • Et bois précieux.
Royaume de D’mt
Royaume de D'mt
Un des vestiges du royaume de D’mt : les ruines du temple de Yeha, dans le Tigré, Éthiopie.

Un premier processus réussi de centralisation du pouvoir donne naissance au Royaume de D’mt (prononcer Damaat) vers 800 av J.-C.

Les informations sur ce royaume sont très parcellaires. Et proviennent essentiellement de sources du Royaume sabéen du Yémen, qui entretenait des relations étroites avec D’mt.

Il semble que ce royaume ait développé de nouveaux procédés d’irrigation.

En effet, il faisait usage de la charrue et exploitait le fer pour des outils et des armes.

L’unité du royaume aurait été brisée trois cents ans après sa formation. Et cette fracture donna naissance à des plus petites entités politiques.

Enfin, de ses entités politiques, émergera le Royaume d’Aksoum.

Celui là même qui réunifiera la région, avant d’en étendre considérablement les frontières.

Origine du Royaume d’Aksoum

Aksoum fut longtemps considéré comme ayant été fondé par des Sabéens de langue sémitique qui auraient traversé la mer Rouge en venant d’Arabie du Sud (l’actuel Yémen).

Mais la plupart des chercheurs s’accordent maintenant pour dire que ce fut un développement autochtone.

En effet, l’ancien Royaume D’mt (ou Da’amot) existait déjà avant toute migration sabéenne aux IVe et Ve siècles av. J.-C.

Et, le guèze, ancienne langue sémitique d’Érythrée et d’Éthiopie, est maintenant connu pour être différent de la langue de Saba :

Il y a des traces de présence de langues sémitiques en Éthiopie et en Érythrée au moins 2000 av. J.-C.

Les rois Aksoumites portait le titre officiel de ngś ngśt – Roi des Rois, qui devint plus tard dans la langue Guèzenegusä nägäst ou négus.

Roi d'Aksoum - Negus - negusä nägäst - Roi des Rois

L’influence du royaume de Saba semble aujourd’hui avoir été mineure, limitée à quelques localités, et disparaissant après quelques décennies ou un siècle.

Pour rajouter à la confusion, dans l’Antiquité, il existait en Éthiopie une ville dénommée Saba qui ne semble toutefois pas avoir été une possession du royaume de Saba.

Aksoum

A son apogée au 1er siècle après J.-C ., le territoire du Royaume d’Aksoum s’étend sur 1 250 000 km².

Royaume d'Aksoum

Incluant ce qui serait aujourd’hui :

  • Le nord de l’Ethiopie,
  • Djibouti,
  • Le Somaliland,
  • L’Erythrée,
  • Une grande partie du Soudan,
  • Le sud de l’Egypte,
  • Les côtes sur la Mer Rouge du Yémen et du sud de l’Arabie Saoudite.

La capitale, Aksoum, est située sur les hauts plateaux du nord-est de l’Ethiopie.

Le royaume comporte des terres à l’époque fertiles, où poussaient du blé et de l’orge.

Les principales activités étaient l’agriculture, l’élevage et la chasse, comme beaucoup de pays à l’époque. Mais le commerce prenait une place importante dans l’économie.

En effet, Aksoum était profondément impliqué dans le commerce entre l’Inde et la Méditerranée.

Dans le Périple de la mer Érythrée, Aksoum est mentionné au Ier siècle apr. J.-C. comme un important marché pour l’ivoire qui était exporté dans tout le monde antique.

Le Périple de la mer Érythrée

Il est précisé qu’à cette période le Roi d’Aksoum était Zoscales.

Roi Zoscales du Royaume d'Aksoum

Le Roi Zoscales, en plus de régner sur le royaume d’Aksoum, contrôlait également deux ports sur la Mer Rouge :

  • Adulis (près de Massaoua)
  • Et Avalites (Obock).

L’ascension du Royaume d’Aksoum

Etant donné que Le royaume disposait de ports sur la Mer rouge, il faisait du commerce maritime avec les pays d’Asie. En particulier, avec l’Inde.

Et puisqu’il disposait aussi de ports sur le Nil, il pouvait faire du commerce avec les pays méditerranéens :

  • L’Empire romain,
  • Puis l’Empire byzantin après la chute de Rome. 

Par sa position géographique, le royaume d’Aksoum s’impose naturellement comme un puissant empire commercial.

Obelisque du Royaume d'Aksoum

Il dispose aussi de grandes richesses intérieures.

Le Nil fournit des émeraudes et des pierres précieuses, mais surtout l’Afrique de l’Est comporte des gisements d’or.

Ses métaux servaient à entretenir le commerce.

Ainsi, ce royaume a construit sa puissance :

  • Sur sa maîtrise avancée de sa production agricole :
    • Système sophistiqué d’irrigation et de terrassement de pierres à flanc de coteau pour la rétention d’eau, adapté aux particularités géographiques du pays
  • Sur la production/extraction et le commerce de produits primaires précieux (ivoire, or, émeraudes, soie, épices). Et qui s’appuyait sur le contrôle des grandes routes maritimes de la Mer Rouge et de l’Océan indien à partir du port principal d’Adulis.
Le Commerce du Royaume d’Aksoum

Le Royaume d’Aksoum a bénéficié d’une transformation majeure du système de commerce maritime qui reliait l’Empire romain et l’Inde.

Relations étrangière du Royaume d'Aksoum
Aksoum et l’Arabie du Sud

Ce changement a eu lieu au début de l’Ère commune. L’ancien système commercial reposait sur des voiliers naviguant le long des côtes entre de nombreux ports.

La mer Rouge n’était que d’une importance secondaire par rapport au Golfe Persique et aux routes terrestres vers le Levant.

À partir de 100 avant J.-C., une route entre l’Égypte et l’Inde a été établie, en passant par la mer Rouge et en utilisant les vents de la mousson pour traverser la Mer d’Oman directement vers le Sud de l’Inde.

En l’an 100 après J.C., le volume du trafic commercial sur cette nouvelle route avait éclipsé les anciennes routes.

La demande des Romains pour les marchandises venant d’Inde a augmenté de façon spectaculaire. Ceci entraîna un accroissement du nombre de grands navires traversant la mer Rouge de l’Égypte romaine vers la mer d’Oman et l’Inde.

Le royaume d’Aksoum était idéalement situé pour profiter de ce nouveau commerce.

Evolution intérieure

Adulis est rapidement devenu le principal port pour l’exportation de marchandises venant d’Afrique, telles que l’ivoire, l’encens, l’or et les animaux exotiques.

Afin de fournir de telles marchandises, les rois d’Aksoum ont œuvré à développer et élargir un réseau commercial à l’intérieur du royaume.

Ils durent faire face à un rival qui exploitait le même réseau commercial depuis beaucoup plus longtemps :

Le Royaume de Koush, qui fournissait l’Égypte en marchandises venant des pays d’Afrique par l’intermédiaire du couloir du Nil.

Toutefois, au Ier siècle apr. J.-C., Aksoum a pris le contrôle des territoires Koushites.

Le Périple de la mer Érythrée décrit explicitement comment l’ivoire recueilli sur le territoire Koushite était exporté par le port d’Adulis au lieu de passer par Méroé, la capitale de Koush.

Au cours des IIe et IIIe siècles, le royaume d’Aksoum a continué d’étendre son contrôle sur le bassin sud de la mer Rouge.

Une caravane à destination de l’Égypte a été créée à l’écart du corridor du Nil.

Le Royaume d’Aksoum est ainsi parvenu à devenir le principal fournisseur de produits africains pour l’Empire romain.

L’Apogée du Royaume d’Aksoum

Architecture du Royaume d'Aksoum

Au IIIe siècle, Aksoum est assez puissant pour s’ingérer dans les affaires de l’Arabie du Sud, en prenant le contrôle de la région occidentale de Tihama.

La civilisation Aksoum a développé et formalisé une langue de communication, le Guèze (Ge’ez).

Cette langue est dotée d’un alphabet dès le III° siècle pour sûr. Et elle s’est imposée comme la langue des commerçants et des savants pour cette vaste région du monde.

Le Royaume d’Aksoum battait également sa propre monnaie, devenue monnaie d’échange bien au-delà de ses frontières.

En effet, des pièces aksoumites ont été retrouvées jusque dans le sud-ouest de l’Inde.

Son rayonnement et sa puissance étaient particulièrement importants dans les premiers siècles de notre ère.

Effectivement, le prophète mésopotamien Mani (216-277) la citant parmi les quatre grandes puissances du monde à son époque, aux côtés de l’Empire romain, de la Perse et de la Chine. 

Le Royaume d’Aksoum, deuxième Etat chrétien au monde

Le royaume d’Aksoum va muer au rythme des grandes dynamiques globales de l’époque, comme le développement du monothéisme.

L’élite d’Aksoum se convertit au christianisme, alors monophysite, entre 325 et 328, sous le règne du roi Ezana.

Roi Ezana, Roi du roayaume d'Aksoum

Le commerçant syrien Frumence aurait introduit le christianisme au sein du royaume et convertit le Roi Ezana dans les années 340.

Le Royaume d’Aksoum devenant ainsi le deuxième état à adopter cette religion après l’Arménie. Aussi, le premier à apposer la croix sur ses pièces de monnaies.

Église du monastère de Debré Damo

La population suit, et la conversion semble complète au VIe siècle.

Selon les religions monothéistes, Moïse reçut les Dix Commandements gravés dans la roche sur le mont Sinaï.

Ces tables ont été enfermées dans un coffre en bois :

L’Arche d’alliance.
L'Arche d'alliance

Selon la légende, le roi Salomon aurait apporté cette arche à la reine de Saba. L’Arche aurait été donnée au roi d’Aksoum au IIIe siècle.

Toujours selon la légende, l’Arche d’alliance se trouverait aujourd’hui toujours à Aksoum en Éthiopie. Elle serait précisément dans l’Église Sainte-Marie-de-Sion.

Église Sainte-Marie-de-Sion du royaume d'Aksoum
Église Sainte-Marie-de-Sion, construite au ive siècle sous le règne Ezana

Sous le règne des successeurs d’Ezana, connus seulement par leurs monnaies, le royaume d’Aksoum est à l’apogée de sa puissance :

Selon les auteurs byzantins, sa capitale est en rapport avec Constantinople, l’Iran, l’Inde et Ceylan. Ses ambassades lui permettent de faire libérer en Perse un évêque emprisonné.

À son apogée, le royaume d’Aksoum contrôlait:

  • Le nord de l’Éthiopie
  • L’Érythrée
  • Le nord-est du Soudan
  • Le sud-est de l’Égypte
  • Djibouti
  • Le Yémen 
  • Ainsi que le sud de l’Arabie saoudite

Soit un total de 1,25 million de km².

Aksoum Capitale

Si l’ancienne capitale impériale n’est plus aujourd’hui qu’une ville secondaire de province, elle était à l’époque une métropole animée.

En effet, un centre culturel et économique de premier ordre.

Deux collines et deux ruisseaux sont situés à l’est et à l’ouest de la ville, ce qui explique peut-être le choix initial d’implantation de la cité antique.

Sur les flancs des collines et dans la plaine située à l’extérieur, les Aksoumites avaient établi des cimetières avec des pierres gravées appelé stèles, ou des obélisques.

Parmi les autres villes d’importance du royaume d’Aksoum, il faut citer Yeha, Hawulti, Matara, Adulis et Qohaito, les trois dernières faisant aujourd’hui partie de l’Érythrée.

Le déclin du royaume d’Aksoum

L'une des stèles funéraires du site de May Hedja

Le règne d’Ezana, qui se poursuivra jusqu’en 390, coïncide avec les dernières heures de gloire du royaume d’Aksoum.

Le déclin commence véritablement au VII° siècle avec l’expansion de l’Islam qui prive le royaume de son contrôle du Yémen et remet en cause son hégémonie sur les routes commerciales maritimes.

L’Empire d’Aksoum fut un quasi-allié de l’Empire byzantin dans sa lutte contre leur concurrent commun, l’Empire perse.

Après un deuxième âge d’or au début du VIe siècle, l’empire a commencé à décliner, cessant sa production de pièces de monnaie axoumite au début VIIe siècle.

Différentes théories
Détruit par une Reine Juive

Le royaume fut finalement dissout avec l’invasion de la légendaire reine païenneou juive, Yodit (ou Gudit), au IXe ou Xe siècle.

Elle aurait battu l’empire d’Aksoum et fait brûler les églises et la littérature.

L’existence de cette reine n’étant pas certaine, certains chercheurs ont avancé une autre théorie.

Détruit par une Reine Païenne

En effet, théorie selon laquelle le royaume aksoumite aurait pris fin avec l’arrivée d’une reine païenne.

Et cette reine appelée Bani al-Hamwiyah, serait vraisemblablement de la tribu al-Damutah ou Damoti (Sidama).

D’autres raisons du déclin sont moins mythiques et plus scientifiquement établies.

Raisons scientifiquement établies

En commençant par la concurrence des Arabes sur les routes maritimes vers l’Inde et la côte orientale de l’Afrique.

Ou encore, le déclin des crues du Nil et plusieurs saisons de sécheresse extrême et prolongée sont probablement les causes de ce déclin.

La population a dû se réfugier à l’intérieur des terres sur les hauts plateaux. Mais la surexploitation de ces lieux a conduit à une diminution du rendement des cultures et donc de l’approvisionnement.

La fin de l’empire d’Aksoum est une période sombre sur laquelle on sait peu de choses jusqu’à l’ascension de la dynastie Zagwé au XIe ou XIIe siècle.

A la fin du X° siècle, s’impose le fondateur de la dynastie Zagwé qui s’inscrit dans une continuité historique différente de celle de la dynastie Salomonienne dont se réclamaient tous les Négus d’Aksoum.

Ce changement dynastique marque la fin du royaume d’Aksoum. Mais non pas la fin de la présence étatique sur les terres éthiopiennes.

Un dirigeant se réclamant de la dynastie Salomonienne reprend le pouvoir en 1270, début du Moyen-Age éthiopien.

En effet, Yekouno Amlak, fonda la dynastie Salomonide au XIIIe siècle, et se disait descendant du dernier Empereur d’Aksoum, Del Na’od.

Ainsi, la dynastie Salomonide repris la direction de l’Ethiopie.

Voir aussi L’Afrique des idées

S'il vous plaît suivez et
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