Les anciens Égyptiens, leurs Origines par Cheikh Anta Diop

Les anciens Égyptiens, leurs Origines par Cheikh Anta Diop

En ce qui concerne les Anciens Égyptiens, en 1951, Cheikh Anta Diop prépare sous la direction de Marcel Griaule une thèse de doctorat à l’Université de Paris. En effet, dans cette thèse, il affirme que l’Égypte antique était peuplée d’Africains noirs. Et que la langue et la culture égyptiennes se sont ensuite diffusées dans l’Afrique de l’Ouest.

Afrique Réveil vous propose ici, une partie de son étude.

Origine du peuple Égyptiens

Le triomphe à la suite des travaux du professeur Leakey de la thèse sur l’origine Monogénétique et africaine de l’humanité permet de poser le problème du peuplement de l’Egypte (les Anciens Égyptiens) et même du monde en des termes tout à fait nouveaux.

Il y a plus de 150 000 ans, des hommes morphologiquement identiques à l’homme actuel vivaient dans la région des Grands Lacs.

En effet, aux sources même du Nil, à l’exclusion de toute autre région du monde.

Cette idée et tant d’autres qu’il serait trop long de rappeler ici constituent la substance du dernier rapport en cours de publication.

Rapport que feu le Dr Leakey a présenté au VIIe Congrès panafricain de préhistoire à Addis Abeba en 1971.

Alors, cela veut dire que l’humanité entière a pris naissance conformément à l’intuition des Anciens au pied même des monts de la Lune.

Contre toute attente et contre les hypothèses récentes, c’est de cet endroit que les hommes sont partis pour peupler le reste du monde.

Il en résulte deux faits d’importance capitale.

  • Nécessairement, la première humanité était ethniquement homogène et négroïde. En effet, la loi de Gloger qui s’appliquerait aussi à l’espèce humaine veut que les organismes des animaux à sang chaud qui se développent sous un climat chaud et humide aient une pigmentation noire (eumélanine). Si donc l’humanité a pris naissance sous les tropiques, sous la latitude des Grands Lacs, elle avait nécessairement une pigmentation brune dès l’origine et c’est par la différenciation sous d’autres climats qu’elle s’est fragmentée postérieurement en d’autres races.
  • Deux voies seulement s’offraient à cette humanité pour aller peupler les autres continents, le Sahara et la vallée du Nil. Nous ne traiterons ici que de cette dernière région.

Du Paléolithique supérieur à l’époque dynastique, tout le bassin du Fleuve fut occupé par ces peuples négroïdes. Mais dans un mouvement progressif.

Témoignage de l’anthropologie physique relatif à la race des anciens Égyptiens

On pourrait supposer qu’il s’agit d’un problème anthropologique. Et que, par conséquent, les conclusions des anthropologues auraient dissipé tous les doutes par l’apport de vérités certaines et définitives.

Il n’en est rien !

Le caractère arbitraire des critères employés pour ne mentionner que ce fait. Et tout en écartant l’idée d’une conclusion recevable sans critiques, introduit tant de « complications savantes »:

Qu’on se demande par moments si la solution du problème n’eût pas été plus proche si on n’avait pas eu le malheur de l’aborder de cette façon.

Cependant, bien que les conclusions de ces études anthropologiques soient au-dessous de la réalité, elles n’en attestent pas moins et d’une façon unanime, l’existence d’une race nègre depuis les époques les plus reculées de la préhistoire jusqu’à la période dynastique.

Il est impossible de citer ici toutes ces conclusions :

On les trouvera résumées dans le chapitre X de:

Préhistoire et Protohistoire d’Egypte du Dr Emile Massoulard (Institut d’ethnologie, Paris, 1949).

Nous nous contenterons d’en citer quelques-unes :

« Miss Fawcett estime que les crânes de Negadah forment un ensemble suffisamment homogène pour que l’on puisse parler d’une race de Negadah.

Par la hauteur totale du crâne, la hauteur auriculaire, la hauteur et la largeur de la face, la hauteur nasale, l’indice céphalique et l’indice facial, cette race se rapprocherait des Nègres.

Et par la largeur nasale, la hauteur de l’orbite, la longueur du palais et l’indice nasal, elle serait plus près des Germains. »

« Les Négadiens prédynastiques ressembleraient donc par certains de leurs caractères aux Nègres, par d’autres aux races blanches » (op. cit. pp. 402 -403).

Notons que l’indice nasal des Ethiopiens et des Dravidiens les rapprocherait des Germains, bien qu’il s’agisse de deux races noires.

Ces mensurations qui nous laisseraient indécis entre les deux extrêmes que sont la race nègre et la race germanique donnent une idée de l’élasticité des critères employés.

Citons ici quelques-uns de ces critères :

Critères employés

Thomson et Randall MacIver

« Thomson et Randall MacIver ont cherché à préciser davantage l’importance du facteur négroïde dans la série de crânes qui provient d’El-Amrah, Abydos et Hou.

Ils les ont divisés en trois groupes :

  1. Il y a les Crânes négroïdes:
    • Ce sont ceux dont l’indice facial est inférieur à 54 et l’indice nasal supérieur à 50. C’est-à-dire face basse et large et nez large ;
  2. Ensuite il y a les Crânes non négroïdes:
    • Ceux dont l’indice facial est supérieur à 54 et l’indice nasal inférieur à 50. Face haute et étroite et nez étroit ;
  3. Puis, les Crânes intermédiaires:
    • Ceux qui appartiennent à l’un des deux premiers groupes par leur indice facial et à l’autre par leur indice nasal. Ainsi que ceux qui sont à la limite de ces deux groupes.

La proportion des négroïdes serait, au Prédynastique ancien, de 24 % chez les hommes et 19 % chez les femmes. Et au Prédynastique récent de 25 % et 28 %.

Kieth

« Kieth a contesté la valeur du critérium choisi par Thomson et Randall MacIver pour séparer les crânes négroïdes des non négroïdes.

En effet, il estime que si l’on examinait d’après ce même critérium une série quelconque de crânes d’Anglais actuels, on en trouverait environ 30 % négroïdes » (op. cit. pp. 4200 -421).

On pourrait faire la remarque inverse de celle de Kieth. En disant que si l’on examinait d’après ce même critère les 140 millions de Nègres qui vivent aujourd’hui en Afrique noire, un minimum de 100 millions de Nègres sortiraient « blanchis » de ces mensurations.

Remarquons d’autre part que la distinction de « négroïdes », « non négroïdes » et « intermédiaires » n’est pas claire ; en effet, « non négroïde » n’est pas l’équivalent de race blanche et « intermédiaire » encore moins.

Falkenburger

« Falkenburger a repris l’étude anthropologique de la population égyptienne dans un travail récent où il fait état de 1787 crânes masculins dont l’âge va du Prédynastique ancien jusqu’à nos jours.

Il distingue quatre groupes principaux » (op. cit. p. 421).

La répartition des crânes prédynastiques entre ces quatre groupes donne les résultats suivants, pour le Prédynastique entier :

  • « 36 % de Négroïdes,
  • 33 % de Méditerranéens,
  • 11 % de Cromagnoïdes
  • Et 20 % d’individus ne rentrant dans aucun de ces trois groupes. Mais apparentés soit aux Cromagnoïdes, soit aux Négroïdes.

La proportion des Négroïdes est nettement supérieure à celle que Thomson et Randall MacIver ont indiquée et que Kieth trouve cependant trop élevée.

« Les chiffres de Falkenburger correspondent-ils à la réalité ? Il ne nous appartient pas d’en décider. S’ils sont exacts, la population prédynastique, loin de représenter une race pure, comme l’a dit Elliot Smith, se composait d’au moins trois éléments raciaux différents :

  • De Négroïdes pour plus d’un tiers,
  • Méditerranéens pour un tiers,
  • De Cromagnoïdes pour un dixième,
  • Et pour un cinquième, d’individus plus ou moins métissés » (op. cit. p. 422).

La population des Anciens Égyptiens

Anciens Égyptiens

Ce qu’il faut retenir de toutes ces conclusions, c’est que leur convergence prouve, malgré tout, que le fonds de la population égyptienne, les Anciens Égyptiens, était nègre à l’époque prédynastique.

Elles sont donc incompatibles avec les idées selon lesquelles l’élément nègre ne se serait infiltré en Egypte que tardivement.

Au contraire, les faits prouvent que cet élément a été prépondérant du commencement à la fin de l’histoire égyptienne. Surtout quand on remarque encore que « méditerranéen » n’est pas synonyme de race blanche. Il s’agirait plutôt de la « race brune ou méditerranéenne » d’Elliot Smith.

« Elliot Smith fait de ces proto-Egyptiens un rameau de ce qu’il appelle la race brune. En effet, qui n’est autre que la race méditerranéenne ou eurafricaine de Sergi » (op. cit. p. 418).

L’épithète brune ici concerne la peau et n’est que « l’euphémisme » de nègre.

On voit donc que c’est la totalité de la population égyptienne qui était nègre. A part une infiltration d’éléments nomades blancs à l’époque protodynastique.

Petrie

L’étude de Petrie sur la race égyptienne révèle une immense possibilité de classification; qui ne manque pas de surprendre le lecteur.

« Petrie a néanmoins publié une étude sur les races de l’Egypte au Prédynastique et au Protodynastique où il n’est fait état que des représentations.

Il distingue, outre la race stéatopygienne, six types différents :

  • Il y a, le type aquilin, caractéristique d’une race libyenne à peau blanche ;
  • Ensuite il y a, le type à barbe tressée. Qui appartient à une race d’envahisseurs venue peut-être des bords de la mer Rouge ;
  • Puis, le type à nez pointu, venu sans doute du désert arabique ;
  • Encore, le type à nez droit (titled nose), originaire de la Moyenne-Egypte ;
  • Il y a aussi, le type à barbe projetée en avant, venu de la Basse-Egypte ;
  • Et pour finir, le type à cloison nasale droite, originaire de la Haute-Egypte.

D’après les représentations, il y aurait donc chez les Anciens Égyptiens, aux époques considérées, sept types raciaux différents. On verra dans les pages suivantes que l’étude des squelettes ne semble guère autoriser “de telles conclusions” (op. cit. p. 391).

Cette classification donne une idée de la gratuité des critères employés pour déterminer la race égyptienne.

Quoi qu’il en soit, on voit que l’anthropologie est loin d’avoir établi l’existence d’une race égyptienne blanche ; elle tendrait même à établir le contraire.

Une histoire modifiée

Cependant, dans les manuels courants, le problème est supprimé : le plus souvent, on tranche, on affirme catégoriquement que les Anciens Égyptiens étaient des Blancs.

Tous les honnêtes profanes ont alors l’impression qu’une telle affirmation doit nécessairement s’appuyer sur des travaux solides antérieurement établis alors qu’il n’en est rien, comme le montre tout ce qui précède.

C’est ainsi qu’on a faussé l’esprit de tant de générations.

Beaucoup d’auteurs tournent aujourd’hui la difficulté en parlant de Blancs à peau rouge et de Blancs à peau noire sans que leur bon sens cartésien soit choqué.

« L’Afrique est, dans la bouche des Grecs, la Libye, expression déjà impropre puisqu’on y compte bien d’autres peuples que lesdits Libyens. Lesquels figurent parmi les Blancs de la périphérie septentrionale, ou si l’on veut méditerranéenne, et distincts à ce titre, pour un grand nombre de fractions, des Blancs à peau brune (ou rouge) (Egyptiens). »

On trouve, dans un manuel destiné à la classe de cinquième, la phrase suivante :

« Un Noir se distingue moins par la couleur de sa peau (car il y a des Blancs à peau noire) qu’à ses traits : lèvres épaisses, nez épaté, etc. »

Ce n’est qu’au prix de tels remaniements de base qu’on a pu « blanchir » la race égyptienne.

Il n’est pas inutile de rappeler les excès des théoriciens de l’anthroposociologie du siècle dernier et du début de ce siècle qui, à la suite d’une microanalyse des physionomies, distinguaient en Europe même, en France en particulier, des stratifications raciales là où il n’y avait plus qu’un même peuple devenu quasi homogène6.

Aujourd’hui, les Occidentaux qui tiennent à leur cohésion nationale se gardent bien d’examiner leurs propres sociétés dans une telle optique explosive, mais ils continuent à appliquer inconsciemment la même méthode aux sociétés extra-européennes.

La Rédaction

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