L’Empire du Ghana – Grand empire d’Afrique du début de cette ère

Les informations manquent sur l’époque de la fondation de l’Empire du Ghana, et même sur l’origine de ses fondateurs.

Cheikh Anta Diop, dans L’unité culturelle de l’Afrique Noire, nous dit:

L’Empire du Ghana apparaît historiquement comme une transition entre l’Antiquité et le temps moderne.

Effectivement, il fut créé vers l’an 300 après notre ère. Par les tous premiers éléments des vagues migratoires qui fuyaient l’Egypte. Cela suite à l’invasion de la grande métropole noire par les Perses.

L’Empire du Ghana était réputé comme un état de caractère essentiellement militaire. A l’administration très structurée, et prospère grâce au commerce caravanier transsaharien, notamment de l’or et du sel.

Et Il atteignit son apogée vers les Xe et XIe siècles.

Un grand Empire

L’Empire du Ghana, comme celui de Rome, fut d’abord celui d’une ville, une capitale.

Cette cité n’était appelée Ghana que par les étrangers et notamment les Arabes, qui la firent connaître sous ce nom à l’Europe et à l’Asie.

Ce n’était pas son nom, mais, si l’on en croit Bekri et les traditions soudanaises, l’un des titres portés par le souverain, était :

  • Kaya-Maga 
  • Ou simplement Maga ou Magan (Le Maître)
  • Ou encore sous celui de Tounka (le prince).

Quoiqu’il en, soit, la ville elle-même était connue des habitants sous le nom de Koumbi  Koumbi-Koumbi (la butte ou les tumulus) ou encore Koumbi Saleh (au Sud-Est de la Mauritanie moderne).

Ce nom est encore utilisé pour désigner aujourd’hui son emplacement probable.

Et celui-ci se trouve entre Goumbou et Oualata, à une centaine de kilomètres environ au Nord-Nord-Est de la première de ces localités.

Dans une région du Hodh que les Maures nomment Aouker ou Aoukar.

Terme géographique d’ailleurs commun à beaucoup de régions sub-sahariennes, (les Mandingues et les Bambara Bagana ou Mara, les Khassonké Bakhounou et les Sarakollé Ouagadou).

Et qui s’étend d’une façon générale au Nord et au Nord-Est de Goumbou.

Le Kaya Maga

Selon la tradition orale, le créateur du royaume serait un homme venu de l’EST nommé DINGA Cissé.

Le maître de L’Empire GHANA était dit Kaya Maga (maître de l’or). 

Le Kaya Maga était plus qu’un empereur ou un roi :

Un chef suprême chargé du pouvoir religieux et judiciaire, considéré comme étant en rapport direct avec Bida. Donc responsable du pacte scellé avec lui et de son culte. (Diabé Cissé descendant de DINGA avait signé un contrat avec Bida le serpent. Celui qui habitait une grotte au environ de Koumbi, la capitale de GHANA). 

Le Kaya Maga rendait la justice :

  • Sa décision prise après tous les examens nécessaires, était définitive et irrévocable.

L’organisation politique et militaire était très précise.

Elle comportait notamment :

– 12 patriarches conseillers :

Descendants directs des compagnons de Dinga . Ils avaient été choisis pour leurs connaissances et leur personnalité. Le Kaya Maga les réunissaient pour étudier et discuter de toutes les situations. De tous les problèmes et de leurs solutions possibles. Cela avant que ne soient convoqués les chefs des clans Wage ( les nobles) pour l’action.

– 18 généraux nana :

Ces chefs de guerre étaient chargés de l’organisation de l’armée et de superviser les opérations sur le terrain. Obligatoirement 9 d’entre eux montaient des chevaux roux et les 9 autres des chevaux blancs.

– 12 fado:

Gouverneurs militaires. Responsables des régions. Le texte mentionne toujours les 4 fado, qui furent gouverneurs des quatre premières régions mises sous leur responsabilité militaire. Au fur et à mesure de l’extension de l’empire, il y eut 12 provinces régies par 12 fado.

– 12 hida :

Officiers supérieurs, et 18 éclaireurs, montant aussi des chevaux blancs. Le retour de ces derniers indiquait que l’ennemi était en vue. Le soin avec lequel sont précisées les couleurs des généraux et des éclaireurs témoigne à lui seul l’importance du cheval dans la société Soninké traditionnelle.

– 7 notables :

Chargés de surveiller les wage afin que tous les interdits soient respectés. Ils étaient secondés de 7 assistants.

– 4 responsables de la police, dits samasa duara dyuwara:

Quand les Soninké eurent pacifié les régions qu’ils avaient occupées et organisé l’empire, ils renoncèrent aux entreprises guerrières. Ils conservèrent toujours une armée à pied et des cavaliers..

L’organisation sociale n’était pas moins précise.

Koumbi Saleh était le lieu du marché où se rendaient les caravaniers. Et où logeaient les commerçants et les étrangers de passage. Où affluèrent pendant toute la durée de l’empire les divers échanges et les tractations.

La société se veut animiste et matrilinéaire, en particulier pour la succession au trône.

La dynastie royale était celle des Sarakollé Ciss. En effet, comme nous le dit El Bekri dans son livre “Route de Ghana à Tadmekka“: 

Chez ce peuple, l’usage et les règlements exigent que le roi ait pour successeur le fils de sa sœur; car, disent t-ils, le souverain a la certitude que son neveu est bien le fils de sa sœur; mais il ne peut pas être assuré que celui qu’il garde comme son propre fils le soit en réalité.

On retrouve dans cet empire des similitudes avec ceux de l’ancienne Égypte.

Ainsi le roi qui se faisait appeler Tounkara et Kaya-Magan avait un emploi du temps qui prenait en compte les traditions en vigueur.

Le matin, suivit de sa cour et de ses animaux (girafes, éléphants), il faisait le tour de sa capitale. Ceci, à cheval afin d’écouter les doléances de ses sujets et les résoudre.

L’après-midi, il se devait d’effectuer le même parcours, mais cette fois-ci tout seul. Cette activité était considérée comme la plus importante pour les rois africains.

Un Empire à son apogée

Quant au quartier impérial de Kaalata, il se trouvait à plusieurs kilomètres de distance. En effet, loin de l’endroit où vivaient les étrangers.

Ces derniers ne devaient en aucun cas y pénétrer.

L’empereur vivait dans un château fortifié, en pierre, remarquablement décoré de sculptures et de peintures.

Ce château fut décrit par plusieurs voyageurs (El Bekri, Idrissi etc.) comme le lieu de toutes les merveilles architecturales.

L’or, élément principal, permet l’opulence et le luxe.

L’empereur, ainsi que les chevaux, les chiens du roi, et les pages étaient tous couverts d’or.

Les autres personnes portaient des vêtements faits de soie, de coton ou de brocart. Et, les hommes se rasaient la barbe, mais se tressaient les cheveux et les femmes, elles, se rasaient la tête.

Le puissant empire du Ghana était protégé par 200 000 guerriers dont 40 000 archers. Sa capitale se voulait cosmopolite et internationale de par son commerce.

Le monde méditerranéen et le monde arabe étaient les plus importants clients de l’empire, en 990. 

Le Peuple de l’Empire du Ghana

Aoudaghost, centre berbère, était gouverné par un farba noir (consul) qui percevait au nom de l’empereur les taxes et les redevances douanières.

Il est à noter qu’en ce temps-là, les peuples berbères et arabes se haïssaient, mais respectaient les lois du royaume.

Chaque jour, assis sur une estrade en or rouge aux portes du palais, le roi offrait 10 000 repas à ses sujets.

Les réserves d’or du pays entreposées dans la ville de Ghïarou permettaient cela et l’abondance du précieux métal était telle que le roi laissait au peuple tout l’or en poudre qu’il pouvait extraire des mines de l’empire.

A cette époque, la misère, l’insécurité et l’injustice n’existaient pas en Afrique. Et tout étranger était bien reçu tant qu’il respectait les règles de vie établies par le roi et ses jurisconsultes.

L’empire du Ghana s’étendit sur toute l’Afrique du Nord. Et, les Omeyyades qui tentèrent à maintes reprises de reconquérir cet espace furent défaits à chaque tentative.

Le roi permit aux quelques survivants de s’installer dans la ville de Silla (Sénégal). On appelait ces survivants les Honeihîn.

On suppose que de ce métissage naît une fraction des toucouleurs, les Lam toro, appartenant à la dynastie régnante.

Une fierté pour l’Afrique

Nous pouvons dire sans exagération que l’Empire du Ghana précédait de cinq cents ans celui de Charlemagne. (L’an 800, début du premier effort de centralisation depuis la chute de l’Empire romain au IVe siècle).

Et que l’Europe pendant la période du Moyen-Age n’a jamais eu une forme de politique supérieure à celle des Etats africains.

Dans son livre “l’Afrique pré coloniale”, Cheick Anta Diop nous révèle ceci: 

On ne soulève pas d’objections insurmontables en supposant l’impossibilité matérielle de gouverner un empire aussi vaste que l’Europe, de l’administrer, sans un minimum de bureaucratie. Il est difficile d’admettre que, durant mille cinq cents ans, les Tounkas, les Mança, les Askia, se soient contentés de donner des ordres verbaux et de recevoir des réponses et des comptes de même nature.”

Fin de l’Empire du Ghana

Les conversions à l’islam avaient eu lieu parmi les membres des divers clans de GHANA.

Mais pendant longtemps il n’y eu ni conflit, ni agression d’un côté comme de l’autre et les responsables des cultes traditionnels avaient toujours respecté le contrat passé avec Bida.

Or Moudou Touré se convertit à son tour, poussé par des marabouts étrangers qui l’assuraient que l’islamisme le protégerait contre les “fétiches“. Il se souleva contre l’autorité jusque-là incontestée des Cissé.

Ensuite, certains membres de son clan et des clans Diane et Koma suivirent son exemple. Alors que les autres descendants des fils de Dinga restaient fidèles à la tradition.

Pourtant, bien qu’il soit devenu maître de l’empire, étant converti à l’Islam, Moudou ne pouvait plus porter le titre de Maga.

Les gessere lui donnèrent celui de madyu en tant que descendant d’un fondateur (litt. ma maître, dyu fondement, base ).

Ainsi, Moudou Touré régna sous ce titre. On ne sait pas si sa descendance a exercé le pouvoir.

Les Almoravides

Les Almoravides sont à l’origine de l’islamisation de l’Afrique et du déclin de l’empire. Ceci, suite à leurs nombreuses attaques sur le Ghana qui durera de 1076 à 1087 c’est-à-dire jusqu’à la mort d’Aboubecker-Ben-Omar (Abu bakr Ben Umar).

On sait que ce dernier voulait contrôler les voies commerciales reliant le Ghana avec les pays arabes.

Au Nord, les pays arabes possédaient le sel que l’empire du Ghana échangeait contre de l’or.

En s’emparant de l’empire, Abu bakr Ben Umar mettait ainsi fin à la dépendance aurifère.  En effet, dépendance qu’avaient les pays arabes envers le Ghana en annexant les montagnes du Bambouk.

Mais, comme nous le rapporte le voyageur Al-Bekri, les conquêtes d’Abu bakr Ben Umar n’étaient pas seulement motivées par des raisons commerciales.

En effet, les considérations religieuses furent mises aussi en avant.

Dès lors, l’empereur Tinkamanin se voit obligé d’embrasser la religion musulmane, de reconnaitre la suzeraineté d’Abu bakr Ben Umar et de lui verser un tribut.

Cette conquête semble avoir été complète:

Les Almoravides prirent la ville, pillèrent les biens des habitants, massacrèrent une partie de la population.

Et ainsi, ils forcèrent le reste de la population à s’enfuir ou à embrasser la religion musulmane.

Mis à terre, pillé, massacré, l’empire ne se relèvera jamais, permettant ainsi, plus tard, aux vassaux Sosso d’entamer marche sur la capitale qui ouvrira la route à Soundiata Keita.

En 1240, Soundjata Keita s’empare du Ghana, de là naît l’Empire du Mali.

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