Anne Zingha, Puissante reine du Ndongo et du Matamba

La reine Anne Zingha, une femme remarquable qui mena une résistance farouche contre la colonisation portugaise dans son pays. Elle permit l’émancipation de son peuple et joua un rôle plus qu’évident dans l’émancipation de la femme au sein de la population.

Enfance et ascension

La reine Nzinga, née vers 1583, est la fille du roi Kiluanji et de la reine Kangela, qui eurent également trois autres enfants :

  • Un fils, Mbandi,
  • Et deux autres filles, Kifunji et Mukambu.

Elle fut prénommée Njinga parce qu’elle est née avec le cordon ombilical autour du cou (« kujinga » signifiant « tordre » ou « enrouler » en kimbundu).

La tradition voulait que les enfants nés ainsi deviennent des adultes fiers et hautains ;

Aussi, une femme sage aurait dit à sa mère que Nzinga serait reine un jour.

Elle se souvint avoir été choyée par son père. En effet, il l’autorisa à l’assister lorsqu’il gouvernait son royaume et l’emmena avec lui lorsqu’il allait faire la guerre.

Ainsi, elle fut très tôt initiée aux arts de la guerre et à la gouvernance d’un État.

Njinga Mbandi, Nzinga Mbandi, Ana Nzinga, Anne Zingha… De nombreux noms lui sont attribués.

Parmis eux, Ngola Mbandi Nzinga Bandi Kia Ngola, ce qui signifie :

La reine dont la flèche trouve toujours son but.

En effet, elle fut une véritable tacticienne, redoutée pour son habileté dans le maniement de la flèche empoisonnée et pour ne jamais avoir raté sa cible

La première mention de Nzinga dans les archives européennes remonte à 1622. Lorsque son frère, devenu le Ngola Mbande, l’envoya comme émissaire à une conférence de paix à Luanda avec le gouverneur du Portugal João Correia de Sousa.

Anne Zingha, une Femme Charismatique

L’objectif du Ngola Mbande était:

  • De chasser les Portugais de la forteresse d’Ambaca. Forteresse que le prédécesseur de Sousa, Mendes de Vasconcelos, avait construite en 1618 sur son territoire.
  • De récupérer certains de ses sujets tenus captifs, notamment des groupes d’esclaves ijiko.
  • Et de convaincre le gouverneur de faire cesser les raids des mercenaires imbangala à son service.

Lors de cet entretien, Anne Zingha s’impose comme une redoutable négociatrice et diplomate.

Le gouverneur accéda à toutes ses demandes et signa un traité de paix ;

Une histoire veut que le gouverneur n’ait offert aucune chaise à Nzinga.

En effet, il l’invitait plutôt à s’asseoir sur une paillasse pendant les négociations.

Ce qui, selon la tradition Mbundu, ne convenait qu’aux subordonnés.

Refusant de s’abaisser ainsi, Nzinga ordonna à l’une de ses servantes de se mettre à quatre pattes pour s’asseoir sur son dos.

Relations avec les Portugais

Anne Zingha était une femme instruite et cultivée. En plus de sa langue maternelle, elle parlait le portugais, atout de taille pour traiter avec ses adversaires.

Elle connaissait également l’histoire et les populations portugaises, ce qui lui permettait de s’adapter aux situations de négociation avec une connaissance parfaite des enjeux.

Cette grande reine envoyait régulièrement des espions à Luanda étudier l’entraînement des troupes portugaises, afin de préparer son armée aux combats.

Les enjeux religieux et commerciaux n’avaient aucun secret pour elle, et elle s’en servait pour négocier avec les Portugais.

La promesse de conversion des peuples du Ndongo et du Matamba au christianisme était sa principale monnaie d’échange :

  • Elle s’est elle-même fait baptiser en 1623, lors d’une visite à Luanda et adopta le nom de Dona Ana de Sousa en hommage à l’épouse du gouverneur, qui fut également sa marraine.

Le Portugal n’honora cependant pas sa part du traité:

  • Refusant de se retirer d’Ambaca.
  • De rendre les sujets du Ndongo.
  • Et de contenir les assauts des Imbangala.

Cet échec poussa le frère de Nzinga au suicide, convaincu qu’il ne pourrait jamais récupérer ce qu’il avait perdu à la guerre.

Des rumeurs circulèrent accusant Nzinga de l’avoir empoisonné, rumeurs que le Portugal repris à son compte pour refuser de la reconnaître dans la succession de son frère.

La reine Nzinga assura la régence de son neveu et fils de son frère, puis endossa le pouvoir et devint La Reine du Ndongo et du Matamba.

Alliance avec les Pays-Bas

En 1641, les Pays-Bas, soutenus par le royaume du Kongo, s’emparèrent de Luanda.

Nzinga s’empressa de leur envoyer un émissaire et conclut une alliance avec eux contre le Portugal.

Espérant, grâce à l’aide des Pays-Bas, reconquérir ses territoires perdus, elle déplaça sa capitale vers Kavanga, au nord des anciens domaines du Ndongo.

En 1644, elle défit l’armée portugaise à Ngoleme mais fut incapable de conclure.

Les Pays-Bas envoyèrent alors des renforts à Nzinga depuis Luanda et cette dernière remporta une victoire écrasante en 1647 avant d’assiéger la capitale portugaise de Masangano.

Son long règne est marqué par d’innombrables luttes internes et une relation houleuse avec les Portugais.

Passé l’âge de soixante ans, elle assurait toujours personnellement la conduite de ses armées sur les champs de bataille.

Redoutable stratège et diplomate, l’ensemble de son règne a consisté à préserver l’intégrité territoriale de son royaume, par la négociation avec les Portugais.

Dernières années

La reine Anna Zingha constata avec effroi l’asservissement en esclavage d’une partie de son peuple :

Luanda avait la réputation d’être un port de traite difficile.

Les esclaves y étaient parqués comme des bêtes. Près de la moitié d’entre eux mourraient de malnutrition et de mauvais traitements avant même leur transfert sur les bateaux.

Accueillie par le vice-roi du Portugal Don Joao Correia da Souza, Anna Zingha marqua les colons. Et cela par son sens de la répartie et son habileté politique, qui lui permirent de dominer la rencontre.

Elle parvint ainsi à obtenir le recule des troupes étrangères hors des frontières antérieurement reconnues. Ainsi que le respect de la souveraineté du Matamba.

A la fin de la négociation, le vice-roi proposa que le territoire libre de la reine soit mis sous la protection du roi du Portugal.

Ce qui signifiait en réalité le paiement d’un impôt consistant en:

La livraison de 12 à 13 000 esclaves par an à l’administration coloniale !

Proposition qu’Anna Zingha refusa fermement.

Le traité signé, Anna Zingha obtint gain de cause et put régner sur la dernière partie libre du pays jusqu’à sa mort.

Malgré de nombreuses tentatives de coup d’État:

  • En particulier du Kasanje, dont les groupes imbangala rôdaient toujours au sud

Elle mourut paisiblement le 17 décembre 1663 au Matamba, à l’âge de 82 ans.

Les Angolais se souviennent de Nzinga pour ses compétences politiques et diplomatiques ainsi que pour sa brillante tactique militaire.

Une grande artère porte son nom à Luanda et une statue fut érigée à Kinaxixi en 2002 à l’occasion du 27e anniversaire de l’indépendance.

Voir Aussi: La reine Abla Pokou : fondatrice du peuple Baoulé

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