Lettre à la jeunesse de Amadou Hampâté Bâ

Lettre à la jeunesse de Amadou Hampâté Bâ

Lettre écrite par Amadou Hampâté Bâ pour “Lettres ouvertes à la jeunesse – Concours Dialogue des générations” organisé par l’ACCT (Agence de Coopération Culturelle et Technique) pour l’année 1985, “Année internationale de la Jeunesse”.

Amadou Hampâté Bâ

Amadou Hampâté Bâ

Celui qui vous parle est l’un des premiers nés du vingtième siècle. Il a donc vécu bien longtemps et, comme vous l’imaginez, vu et entendu beaucoup de choses de par le vaste monde. Il ne prétend pas pour autant être un maître en quoi que ce soit. Avant tout, il s’est voulu un éternel chercheur, un éternel élève, et aujourd’hui encore sa soif d’apprendre est aussi vive qu’aux premiers jours.

Il a commencé par chercher en lui-même, se donnant beaucoup de peine pour se découvrir et bien se connaître, afin de pouvoir ensuite se reconnaître en son prochain et l’aimer en conséquence. Il souhaiterait que chacun de vous en fasse autant.

Après cette quête difficile, il entreprit de nombreux voyages à travers le monde : Afrique, Proche-Orient, Europe, Amérique. En élève sans complexes ni préjugés, il sollicita l’enseignement de tous les maîtres et de tous les sages qu’il lui fut donné de rencontrer. Il se mit docilement à leur écoute. Il enregistra fidèlement leurs dires et analysa objectivement leurs leçons, afin de bien comprendre les différents aspects de leurs cultures et, par là même, les raisons de leur comportement. Bref, il s’efforça toujours de comprendre les hommes, car le grand problème de la vie, c’est la mutuelle compréhension.


Lettre à la jeunesse

Certes, qu’il s’agisse des individus, des nations, des races ou des cultures, nous sommes tous différents les uns des autres. Mais nous avons tous quelque chose de semblable aussi, et c’est cela qu’il faut chercher pour pouvoir se reconnaître en l’autre et dialoguer avec lui.

Combien ennuyeux et monotone serait un monde uniforme où tous les hommes, calqués sur un même modèle, penseraient et vivraient de la même façon !

N’ayant plus rien à découvrir chez les autres, comment s’enrichirait-on soi même ?

Jeunes dans la société d’aujourd’hui

Lettre à la jeunesse de Amadou Hampâté Bâ

Jeunes gens, vous vivez à une époque à la fois effrayante par les menaces qu’elle fait peser sur l’humanité et passionnante par les possibilités qu’elle ouvre dans le domaine des connaissances et de la communication entre les hommes.

L’interdépendance même des États impose une complémentarité indispensable des hommes et des cultures.

De nos jours, l’humanité est comme une grande usine où l’on travaille à la chaîne :

  • Chaque pièce, petite ou grande, a un rôle défini à jouer qui peut conditionner la bonne marche de toute l’usine.

Actuellement, en règle générale, les blocs d’intérêt s’affrontent et se déchirent.

Il vous appartiendra peut-être, ô jeunes gens, de faire émerger peu à peu un nouvel état d’esprit, davantage orienté vers la complémentarité et la solidarité, tant individuelle qu’internationale.

Ce sera la condition de la paix, sans laquelle il ne saurait y avoir de développement.

L’homme et son environnement

L’homme était également considéré comme responsable de l’équilibre du monde naturel environnant.

Il lui était interdit de couper un arbre sans raison, de tuer un animal sans motif valable.

La terre n’était pas sa propriété, mais un dépôt sacré confié par le Créateur et dont il n’était que le gérant.

Voilà une notion qui prend aujourd’hui toute sa signification si l’on songe à la légèreté avec laquelle les hommes de notre temps épuisent les richesses de la planète et détruisent ses équilibres naturels.

Le bon jardinier n’est pas celui qui déracine, mais celui qui, le moment venu, sait élaguer les branches mortes et, au besoin, procéder judicieusement à des greffes utiles.

Couper le tronc serait se suicider, renoncer à sa personnalité propre pour endosser artificiellement celle des autres, sans y parvenir jamais tout à fait.

Là encore, souvenons-nous de l’adage :

Le morceau de bois a beaucoup séjourné dans l’eau, il flottera peut-être, mais jamais il ne deviendra caïman !

Tout effort compte

Jeunes gens d’Afrique et du monde, le destin a voulu qu’en cette fin du vingtième siècle, à l’aube d’une ère nouvelle, vous soyez comme un pont jeté entre deux mondes :

  • Celui du passé, où de vieilles civilisations n’aspirent qu’à vous léguer leurs trésors avant de disparaître,
  • Et celui de l’avenir, plein d’incertitudes et de difficultés, certes, mais riche aussi d’aventures nouvelles et d’expériences passionnantes.

Il vous appartient de relever le défi et de faire en sorte qu’il y ait, non-rupture mutilante, mais continuation sereine et fécondation d’une époque par l’autre.

Certains d’entre vous diront peut-être:

  • « C’est trop nous demander! Une telle tâche nous dépasse ! ».

Permettez au vieil homme que je suis de vous confier un secret :

De même qu’il n’y a pas de « petit » incendie (tout dépend de la nature du combustible rencontré), il n’y a pas de petit effort.

Tout effort compte, et l’on ne sait jamais, au départ, de quelle action apparemment modeste sortira l’événement qui changera la face des choses.

N’oubliez pas que le roi des arbres de la savane, le puissant et majestueux baobab, sort d’une graine qui, au départ, n’est pas plus grosse qu’un tout petit grain de café.

Du même Auteur : “La Poignée de Poussière

La Rédaction

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