RAPPORTS TRADITIONNELS DE L’HOMME AFRICAIN AVEC DIEU -Partie II

Afrique Réveil vous propose la suite des Rapports Traditionnels de l’Homme Africain avec Dieu.

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Correspondances analogiques entre le Sacré Suprême et sa manifestation

Dans l’esprit du Bambara, du Bozo, etc., la notion de Sacré est essentiellement « équivoque ».

On utilise à peu près les mêmes termes pour désigner aussi bien le Sacré lui-même que ses manifestations.

Les mots « nyama », ou « do », désignent le Sacré en lui-même. Mais aussi tout ce qui, étant à la « ressemblance » d’une qualité ou qualification du divin, devient le réceptacle ou le lieu de manifestation privilégié de cette qualité divine.

Ainsi, l’âge avancé donne à un homme ou à une femme du « nyama ».

En effet, le Dieu transcendant étant à l’origine du temps est, par excellence, d’un très grand âge.

On lui fit donc élire domicile dans le corps de tout être âgé, et l’âge devint ainsi un privilège sacré. Chez les Bambaras, c’est le doyen d’âge de la tribu qui est dépositaire des pouvoirs sacrés, et qui seul doit officier.

L'Homme Africain Avec DieuEntre autres objets, il a pour insignes :

  • un bâton rituel,
  • un bonnet à gueule de caïman et un turban bénis,
  • un couteau rituel,
  • une écuelle consacrée,
  • des sandales spéciales,
  • etc.
Korota

Le « Koro-ta »  —  ou le fait d’ « être élevé » ou « d’être haut » (montagne, arbre, ou position royale)  —  est également un signe de présence de la « »:

  • Force sacrée, d’où, par extension, présence de la divinité.

« Ngala Kii Korota ! > (« Que Dieu t’élève haut ! »)

C’est une formule de prière propitiatoire utilisée aussi bien par le Bambara animiste que par le converti à l’une des deux grandes religions révélées :

  • Christianisme et Islam, plus courantes en Afrique noire que le judaïsme.

Il fut interdit, au nom de la divinité, de toucher à tout ce qui était qualifié de « nyama ».

Celui qui violait cet interdit le faisait à ses dépens. Car il s’exposait à recevoir un châtiment correspondant à la gravité de son manquement.

Cette force active, qui se cache dans l’être ou l’objet qu’elle habite, est une manifestation émanée du Sacré-très-haut.

Ce sont ses effets qui agiront contre quiconque entrerait imprudemment en contact avec elle, en dehors des conditions rituelles établies.

Ainsi:

  • La bonne moralité,
  • Le respect,
  • La charité,
  • Le secours porté à ses semblables et même aux animaux,

Furent considérés comme moyens propres à neutraliser le « nyama » et à l’empêcher de se manifester en tant que punition.

La Puissance-source est également considérée comme habitant certains minéraux comme elle, immuables à travers le temps, et participant donc de son immuabilité.

C’est pourquoi l’on trouve certaines pierres ou certaines cavernes objets d’une vénération particulière.

Si la force sacrée  —  , ou nyama, ou do  —  habite ainsi les créatures présentant une correspondance analogique avec une qualité du Sacré-très-haut:

  • Elle peut aussi être comme « appelée » dans tel ou tel objet, ou endroit, à la suite d’une opération de consécration de la part de l’homme :
    • Par exemple lieux sacrés, statuettes « chargées », masques rituels, ou outils servant au « maître du couteau » (murutigi) (le sacrificateur aux dieux).

Pour ce dernier, ses outils rituels ne sont pas de simples objets mais des symboles qui:

  • Comme tels, sont en même temps des réceptacles de la puissance infinie de Mansa-See-Ba (Puissant Roi), l’invisible et très diffus Roi Créateur de l’univers.

Tout autre que le maître du couteau qui se permettrait de manier les outils rituels commettrait un interdit et s’exposerait à recevoir une décharge punitive (maladies bizarres, pertes de biens et parfois mort violente … ).

Seul le maître du couteau connaît les paroles secrètes à prononcer avant de toucher aux objets rituels qui:

  • Dynamisés par le toucher, mettent en contact celui qui les manie avec des forces occultes puissantes.

Cette notion d’une présence invisible et puissante, habitant des endroits et des êtres multiples, est liée à l’existence des « esprits », ou « génies » (jinns).

Bien que très puissants, les génies obéissent aux hommes quand on les invoque selon les formules spéciales héritées des ancêtres, qui:

  • Conclurent avec eux des pactes très précis transmis à leur descendance, et comportant des interdits et des obligations.

L’Homme Africain avec Dieu – Réglementation rituelle de la vie

Plongé dans un univers peuplé de forces qui habitent et animent toutes choses, l’animiste malien fut amené à veiller à ses gestes et à ses paroles.

A respecter les lois d’interdit et d’obligation qui régissent ses rapports avec les forces environnantes :

  • Il n’abattra pas un arbre sans avoir auparavant demandé aux forces qui l’habitent de vider les lieux ;
  • Et, il ne satisfera pas ses besoins naturels avant de s’excuser auprès des invisibles du lieu, leur demandant de s’éloigner de l’endroit qu’il va souiller…

Toute sa vie va se dérouler selon une règle transmise par les ancêtres, et dictée jadis à l’un d’eux par un dieu.

Vie religieuse, artisanale, conjugale, familiale, alimentation, tout est régi par des règles précises. Rien n’est livré au hasard.

Mariage

C’est ainsi que l’époux ne sollicitera pas sa femme en vue d’obéir seulement à son instinct, mais il le fera en vue d’un objectif précis commandé par la tradition.

La forme des coutumes peut varier d’une ethnie à une autre, mais le fait demeure d’un comportement plus rituel que sexuel en ce domaine:

  • L’acte sexuel étant souvent accompli pour plaire aux dieux tutélaires du clan.

C’est ce qui explique que la plupart des mariages animistes ne soient pas réalisés au seul nom de l’amour.

La beauté physique, le penchant naturel et l’âge ne sont pas des critères absolus en la matière.

La femme est l’objet de certains interdits provisoires :

  • Pendant les périodes menstruelles,
  • Un certain temps après le deuil d’un époux précédent,
  • Et pendant toute la période où elle allaite un bébé.

Nourriture

Les lois qui régissent la nourriture et la boisson sont rigoureuses.

Celui qui les viole risque de fâcher l’Etre Suprême et d’introduire dans son estomac de quoi se rendre malade.

La maladie est toujours un signe du mécontentement des dieux.

Celui qui prend son repas dans la brousse commence par jeter quelques morceaux aux quatre points cardinaux avant de mettre quoi que ce soit dans sa bouche.

C’est tout un savoir-vivre rituel qu’il faut pratiquer.

Il respectera le milieu du plat, qui est considéré comme:

  • L’endroit où descend la puissance divine qui donne à l’aliment ses vertus nutritives
  • Le centre de chaque chose est comme son coeur appartenant aux dieux.

Pas de vie profane…

Comme on peut le constater, il reste bien peu de place, pour ne pas dire du tout, pour une « vie profane » au sens moderne du mot.

Il n’y a pas le sacré d’un côté, et le profane d’un autre.

Tout est lié, tout met en jeu les forces de la vie qui sont les multiples aspects de la « », force sacrée primordiale, elle-même aspect de Dieu.

…A Suivre,

Les Rapports Traditionnels de l’Homme Africain avec Dieu

Extrait de :

Voir Aussi: RAPPORTS TRADITIONNELS DE L’HOMME AFRICAIN AVEC DIEU – AMADOU HAMPATÉ BÂ – Partie I

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2 pensées sur “RAPPORTS TRADITIONNELS DE L’HOMME AFRICAIN AVEC DIEU -Partie II

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