La Charte du Manden ou Donsolu Kalikan

La Charte du Manden (également serment des chasseurs, charte du Mandé, charte de Kouroukan Foura ou Donsolu Kalikan) est une déclaration des droits de l’homme Africaine de portée universelle.

Elle remonte à 1222, et est attribuée à la confrérie des chasseurs malinkés (une société africaine traditionnelle et initiatique).

Origine de la Charte du Manden

En effet, au XIIIème Siècle, alors qu’il achève la construction de l’empire du mali, le souverain Soundiata Kéita réuni les notables afin qu’ils établissent une charte de vie commune.

Transmise de génération en génération, la Charte du Manden est fondée sur des valeurs encore profondément ancrées dans la société Soudano-Sahélienne.

Ainsi, elle fut transmise par la tradition orale et retranscrite au milieu des années 60 par l’anthropologue et historien Youssouf Tata Cissé.

La Charte du Manden, plusieurs siècles avant la reconnaissance de valeurs aujourd’hui défendues par le monde occidental, affirme de manière universelle:

  • Le droit à la vie,
  • A la liberté
  • A l’égalité,
  • Et aux réparations en cas d’offense à ces principes.

Elle dénonce formellement l’esclavage et la discrimination.

Elle est suffisamment dérangeante pour que plusieurs scientifiques occidentaux (dont l’historien français néo-conservateur Francis Simonis) aient cherché à en nier l’authenticité.

Pourtant, en 2009, l’UNESCO a inscrit la Charte du Manden au patrimoine culturel immatériel de l’humanité.

Cette déclaration des droits humains, constitue un apport majeur à la grande conversation planétaire sur le destin de notre humanité.

Quelques extraits du texte

(version transcrite en 1965 par Youssouf Tata Cissé, à partir d’un récit de Fa-Djimba Kanté,)

Préambule :

Le Manden fut fondé sur l’entente et l’amour, la liberté et la fraternité. Cela signifie qu’il ne saurait y avoir de discrimination ethnique ni raciale au Manden. Tel fut le sens de notre combat. Par conséquent, les enfants de Sanenè et Kòntròn font, à l’adresse des douze parties du monde et au nom du Manden tout entier, la proclamation suivante

Article 1

Toute vie [humaine] est une vie.

Il est vrai qu’une vie apparaît à l’existence avant une autre vie.

Mais une vie n’est pas plus « ancienne », pus respectable, qu’une autre vie.

De même qu’une vie n’est pas supérieure à une autre vie.

Article 2

Toute vie étant une vie,

Tout tort causé à une vie exige réparation,

par conséquent,

Que nul ne s’en prenne gratuitement à son voisin, nul ne cause du tort à son prochain, et nul ne martyrise son semblable.

Article 3

Que chacun veille sur son prochain,

Vénère ses géniteurs,

Que chacun éduque comme il faut ses enfants,

Et pourvoie aux besoins des membres de sa famille.

Article 4

Que chacun veille sur la terre de ses pères.

Par patrie, pays, ou terre des pères,

Il faut entendre aussi et surtout les hommes;

Car tout pays, toute terre qui verrait les hommes disparaître de sa surface connaîtrait le déclin et la désolation.

LA PERSONNE HUMAINE

Article 5

L’homme est le terme,

Le sceau de la création,

Et sa luminescence.

La faim n’est pas une bonne chose;

L’esclavage n’est pas non plus une bonne chose;

Il n’y a pas pire calamité que ces choses-là

Dans ce bas-monde.

Tant que nous détiendrons le carquois et l’arc,

La faim ne tuera plus personne au Manden,

Si jamais la famine venait à sévir;

La guerre ne détruira plus jamais de village au Manden

Pour y prélever des esclaves;

C’est dire que nul ne placera désormais le mors dans la bouche de son semblable

Pour aller le vendre,

Personne ne sera non plus battu,

A fortiori mis à mort,

parce qu’il est fils d’esclave.

Article 6

L’essence de l’esclavage est éteinte ce jour,

« d’un mur à l’autre » du Manden;

La razzia est bannie à compter de ce jour au Manden;

Les tourments nés de ces horreurs sont finis à partir de ce jour au Manden.

Quelle épreuve que le tourment !

Surtout lorsque l’opprimé ne dispose d’aucun recours.

Quelle déchéance que l’esclavage !

L’esclave ne jouit d’aucune considération,

Nulle part dans le monde.

Article 7

Les gens d’autrefois nous disent :

L’homme en tant qu’individu,

Fait d’os et de chair,

De moelle et de nerfs

De peau et de poils qui la recouvrent,

Se nourrit d’aliments et de boissons;

Mais son « âme », son esprit vit de trois choses :

  • Voir qui il a envie de voir,
  • Dire ce qu’il a envie de dire,
  • Et faire ce qu’il a envie de faire;

Si une seule de ces choses venait à manquer à l’âme,

Elle en souffrirait,

Et s’étiolerait sûrement.

En conséquence:

Chacun dispose désormais de sa personne,

Chacun est libre de ses actes,

Dans le respect des « interdits », des lois de la Patrie,

Tel est le serment du Manden, À l’adresse des oreilles du monde entier.

LE MARIAGE

Article 8

Le mariage n’est pas de l’esclavage ;

Il n’est pas non plus un vil marchandage,

Et encore moins un affrontement des sexes.

Il se fonde sur l’amour émanant des âmes.

Ce qui importe pour une personne digne de ce nom,

C’est de vivre en bonne intelligence avec ses semblables

Tout en restant en accord intime avec soi-même.

 

Traduit par Youssouf Tata Cissé
Texte réécrit par Youssouf Tata Cissé dans “Soundjata, la Gloire du Mali”, Paris, éd. Karthala, ARSAN, 1991

Voir Aussi: El Hadj Omar Tall Le Grand – Grand Roi d’Afrique

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3 pensées sur “La Charte du Manden ou Donsolu Kalikan

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